DANS QUELLE MESURE PEUT-ON AMELIORER LA COHESION SOCIALE DANS LES QUARTIERS DEFAVORISES ?

Accumulation des tours dans les quartiers. Source : http://www.flickr.com

Il ne se passe pas une semaine sans que l’on entende parler des faits qui animent les quartiers défavorisés : violence, délinquance, problème d’insalubrité, taux de chômage en expansion… Attention, tout ceci ne reflète qu’une partie de la réalité. Dans la société actuelle, la cohésion sociale au sein des quartiers est sans cesse remise en cause.  On se posera la question suivante : dans quelle mesure peut-on améliorer la cohésion sociale au sein des quartiers populaires ? Nous nous intéresserons d’abord à l’historique et la sociologie urbaine des quartiers, puis aux problèmes émergeants, pour ensuite nous pencher sur les solutions mises en place afin d’améliorer la cohésion sociale

LES QUARTIERS URBAINS : UNE HISTOIRE PARTICULIERE ?

C’est en 1945, après la seconde guerre mondiale, que l’économie de la France redémarre. Des usines voient le jour un peu partout en France. Pour faire tourner celles-ci, la main d’œuvre est indispensable à leur fonctionnement. De ce fait, beaucoup de citoyens vont alors quitter la campagne pour venir s’installer en ville. Mais rien n’était prêt pour les accueillir puisque la France avait alors fait appel à une grande main d’œuvre trop importante. Au début, les travailleurs s’installaient où ils le pouvaient, notamment dans les « bidons villes ».

Pour faire face à cette crise du logement, l’Etat avait lancé un vaste programme de construction. Et c’est ainsi qu’en 30 ans, 8 millions de logements vont être construits. Les bidons villes se comptaient par centaines. Ils étaient surtout peuplés de travailleurs immigrés, de familles ouvrières mais aussi de classes moyennes et de cadres qui logeaient dans une ou deux pièces sans hygiène et sans confort. Les besoins étaient pourtant considérables : sur 14,5 millions de logements, la majorité n’avait pas l’eau courante, les 3/4 n’avaient pas de sanitaires, 90 % pas de salle de bain. On dénombre 350 000 taudis, 3 millions de logements surpeuplés et un déficit constaté de 3 millions d’habitations.

Source : http://www.flickr.com

Selon la conférence de Jean-Marc STÉBÉ, « des cités radieuses aux zones urbaines sensibles  », les grands ensembles seront pensés et conçus à partir des principes développés par les architectes modernes dans la Charte d’Athènes en 1943, plus particulièrement par Le Corbusier (architecte et urbaniste). L’Architecture Moderne propose un nouveau paradigme architectural et urbanistique appelé fonctionnalisme, remettant en cause la ville historique. Ce type d’organisation serait abandonnée, et notamment la rue considérée par Le Corbusier et ses épigones comme dangereuse et peu fonctionnelle. C’est ainsi qu’ils militeront pour un « urbanisme-bulldozer » qui remplacerait les centres-villes anciens et anarchiques, pour laisser place à des cités radieuses et fonctionnelles où la nature, le soleil et l’espace ont le droit de cité. D’une façon plus générale, le fonctionnalisme entend repenser le territoire urbain dans son ensemble en le découpant en espaces de travail, de divertissement et de vie familiale. De là émerge dans les années 1950 la politique de la rénovation urbaine (politique d’éradication des taudis) et les ZUS (Zones Urbaines Sensibles) implantées à la périphérie des villes, zones sur lesquelles seront construits les grands ensembles de logements essentiellement sociaux.

Les grands ensembles faisaient rêver. Ces « tours » et ces « barres » étaient plutôt futuristes pour l’époque. On découvrait le chauffage, l’eau courante, les vides ordures, une vraie salle de bain. En soit, tout le confort moderne. C’était la révolution du logement.

Creil, Plateau Rouher. Source : http://www.flickr.com

Pour aller plus vite, les entrepreneurs ont dû mettre au point de nouvelles techniques. D’abord, ils assemblaient une ossature,  puis à l’aide d’une grue, ils venaient déposer les façades et les planches sur lesquelles le mobilier était parfois installé. Cette technique permettait de gagner beaucoup de temps. Une fois le bâtiment terminé, le chantier se déplaçait et de nouveaux immeubles « sortirent ainsi de terre ». Seulement à l’époque, ce n’était pas encore suffisant. Il fallait faire encore plus vite. Les entrepreneurs avaient trouvé le moyen de construire plusieurs bâtiments sans avoir à déplacer la grue. De la sorte, les immeubles s’élevèrent autour de la grue et l’espace entre ces immeubles que l’on juge souvent trop étroit dépendait de la longueur de la flèche utilisée à l’époque. Une technique similaire fut utilisée pour la construction des « barres ». On installait au sol une voie ferrée sur plusieurs centaines de mètres de long et sur laquelle se déplaçait facilement la grue. Les bâtiments étaient construits de part et d’autre de la voie ferrée. Et oui, il fallait construire vite mais à moindre coût. Plus les barres étaient longues et hautes, plus c’était rentable.

On dit souvent, pour être un citoyen serein, il faut être bien dans son logement … Beaucoup d’association se sont intéressées à ces quartiers sortis de terre, ces cités, leur « cadre de vie », leur vie intérieure, l’organisation qui s’en ait faite… Certaines femmes au foyer se retrouvent et s’assemblent pour des activités ou buts communs. Des maisons de quartiers, des commerces s’ouvrent ainsi que des écoles.

QUARTIERS POPULAIRES : DES MAUX INCURABLES ?

Avec le recul, il y a certains bâtiments trop proches les uns des autres qui ressemble à des « cités dortoirs ». Les habitants de ces cités le vivent parfois mal surtout qu’avec le temps le travail s’est raréfié. Comme nous le montre l’article « Zones urbaines sensibles : cinq chiffres qui fâchent » extrait du journal Libération, écrit par Sylvain MOUILLARD, la population de ces quartiers populaires ne cesse de s’appauvrir. En 2010, 36,1% des habitants logeant dans une ZUS (Zone Urbaine Sensible) vivaient sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 964 euros par mois contre 30,5% en 2006.  Seule 12,6% de la population en dehors des ZUS est concernée. Ce phénomène montre l’augmentation des inégalités.

Le taux de chômage dans une zone urbaine sensible (ZUS) est d’après l’enquête « Le chômage dans les zones urbaines sensibles »  réalisée par l’Observatoire des inégalités,  près de deux fois et demi plus élevé qu’ailleurs : 22,7 % contre 9,4 % en 2011.  La crise de l’emploi a frappé plus durement ces zones en difficultés. Entre 2008 et 2011, le taux de chômage est passé de 16,7 % à 22,7 %, alors qu’il augmentait de 7,6 % à 9,4 % dans les autres quartiers des villes comprenant une ZUS.

Source : www.inégalites.fr

Quoi qu’il en soit, d’après l’étude « quartiers sensibles : les trois quarts des habitants souhaitent déménager » réalisée par l’Ipsos France, le malaise est tel que les trois quarts (76%) des habitants souhaitent déménager ; 58% avouent même y songer souvent. plus d’une personne sur deux (54%) déclare ne pas se sentir en sécurité dans son quartier (29% d’entre eux), et 45% se sentent mis à l’écart ou rejeté en raison de leur quartier de résidence. Ce mal-être s’atténue un peu lorsque l’on s’éloigne du cœur des quartiers sensibles, avec un sentiment d’insécurité qui reste assez fort chez les personnes vivant à proximité immédiate d’un quartier sensible (47%), mais un sentiment moins présent d’être mis à l’écart (24%). La volonté de déménager est légèrement moins forte, même si elle concerne tout de même près d’une personne sur deux (46%).

Comme nous l’explique l’étude « statistique-locales : FAM T1 – Ménage selon la structure familiale » réalisée par l’INSEE (Institut Nationale de la Statistique et des Etudes Economiques), le nombre de ménage dans une ZUS a augmenté entre 1999 et 2009. Il passe de 24 332 349 à 27 533 526. Les ménages comprenant une seule personne passe de 30,8% à 33,6%. Les hommes et les femmes seuls augmentent respectivement de 1,6% et 1,2%.  Quant aux autres ménages sans famille ils augmentent de 0,5%. Concernant les ménages avec famille(s) (soit 17 567 410),  dont la famille principale est un couple sans enfant : + 1,1% ; un couple avec enfant(s) : – 5% et une famille monoparentale : + 0,6%

Sur le marché de l’emploi, les écarts sont considérables entre les jeunes des cités et les autres. D’après l’étude « Quartiers sensibles : quel état des lieux ? » réalisée par l’Observatoire des inégalités en 2011, les jeunes issues des ZUS sont à 52,2% non diplômés, diplômés d’un CEP ou d’un BEPC contre 35,8% des jeunes hors ZUS. 22,4% des jeunes de cité obtiennent un CAP ou un BEP, soit 1,3% de plus que les autres jeunes. Les jeunes venant des quartiers sensibles obtiennent le niveau BAC ou BP à 12,5%, soit 3,2% de moins que les jeunes hors ZUS. En revanche, ils ne sont que 12,9% à poursuivre leur étude après le BAC malgré 40,3% des jeunes au totale.          

DES SOLUTIONS MIRACLES ?

Plusieurs solutions sont mises en œuvre afin d’améliorer la cohésion sociale dans les quartiers défavorisés.

Tout d’abord, il y des solutions d’ordre sociales.  Comme l’expose « Le guide du réseau CoNet pour une approche intégrée des quartiers défavorises », il faut inclure et motiver toutes les personnes  susceptibles de contribuer à donner au citoyen un rôle actif, en particulier les jeunes gens ! L’occasion de participer à un projet de développement social et urbain motive souvent les habitants à s’engager dans le processus.  Ceci étant dit, la participation exige des formes de communication qui varient en fonction des groupes cibles. Par le biais de contacts personnels et de réseaux, on parvient également à mobiliser les personnes moins diplômées et celles qui sont d’origine étrangères. Voici un exemple parmi les solutions proposées : le conseil offre une plateforme de discussion et de consultation, ce qui contribue à améliorer le tissage des réseaux parmi les acteurs locaux, les communautés du quartier et le pouvoir publique. Ainsi au conseil de quartier, le directeur de l’école rencontre le bailleur social et le président d’une association d’immigrés et ils peuvent échanger des idées sur le quartier.

Ensuite, il y a les solutions d’ordre culturel. Comme nous le montre le document « Quand les cités de Saint-Denis se mettent à la dictée » paru le 26 octobre 2013 dans le monde. Le rappeur Mac Tyer , venu en voisin d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), participe comme quelque deux cents jeunes et adultes à la dictée des cités, ce samedi 26 octobre, à Saint-Denis. Cet évènement a pour but de populariser cette épreuve symbole de l’école française. Celle-ci a été remportée par Abdellah Boudour, animateur de l’association Force des mixités de la ville. « On veut réunir différentes générations autour de la lecture. Et ensuite donner le goût de l’écriture avec des ateliers », souligne le jeune Argenteuillois. Cet évènement a donc eu un énorme succès et les meilleurs participants ont eu la chance de remporter de nombreux lots !

source : http://www.flickr.com

Un autre problème à émerger ces dernières années: le graffiti. Il est employé pour communiquer un message politique et social. Il en existe de nombreux caractères et styles. Ils constituent, pour le droit pénal français, une « destruction, une dégradation ou une détérioration volontaire d’un bien appartenant à autrui », qui est punie. Pour remédier à ce problème, la ville a mis en place une solution efficace. La mise à disposition de murs dédiés au graffiti. Cette pratique couramment mise en œuvre par des municipalités ou autres institutions et dont le but avoué est de canaliser de manière localisée l’énergie créative des auteurs de graffitis.

Graffiti. Source : http://www.flickr.com

Enfin, il y les solutions éco-financières. Les ZUS (zones Urbaines Sensibles)  révèlent  une grande diversité de situations et de niveaux de difficulté, appelant des aides d’intensité variable. Le pacte de relance pour la ville définissait trois niveaux d’intervention : les 750 ZUS formant le périmètre d’intervention plus large, parmi lesquelles 416 sites étaient classés en zone de redynamisation urbaine (ZRU). Ces dernières peuvent bénéficier d’aides plus importante et à caractère économique, destinées à favoriser l’emploi des populations résidentes et dynamiser la création d’activités, notamment par le biais d’exonérations fiscales ou de charges sociales. Par exemple, le quartier de résidence joue assez modérément sur les chances de retour en emploi… Toutes choses égales par ailleurs, résider en ZUS allonge la durée de chômage de 9 % en moyenne. 

CONCLUSION

En conclusion, nous pouvons voir que le paradis des grands ensembles se transforma en véritable cauchemar. L’avenir de ces logements n’avait pas été pensé… Beaucoup de problèmes ont émergés au fil des années. Ces ensembles sont devenus des banlieues, objets de chômage, pauvreté… Tout ceci entrainant la violence, les trafics de drogue, un taux de diplômés faible… L’objectif des villes est donc de redonner le gout à l’intégration et l’envie d’un avenir  ambitieux aux plus jeunes. Cela grâce à différents biais comme les aides financières, la création d’associations, la présence d’évènements culturels. Ces solutions sont efficaces pour certaines personnes mais malheureusement, ces quartiers défavorisés font toujours objets de forts taux de chômages  et de violences en tout genre…

MARCHAL Fanny et PELLETIER Wendy

Bibliographie :

Nous vous remercions pour toute l’attention que vous porterez à cette article. Nous vous souhaitons une bonne lecture.
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7 Responses to DANS QUELLE MESURE PEUT-ON AMELIORER LA COHESION SOCIALE DANS LES QUARTIERS DEFAVORISES ?

  1. SORNAY Elise says:

    Votre article est très intéressant, car nous savons que dans les grandes villes, il y a de nombreux quartiers défavorisés mais les chiffres font quand même froid dans le dos, car on ne s’imagine pas que cela représente une part aussi importante. Votre article apporte beaucoup d’informations. De plus, je trouve qu’il est très bien structuré.

  2. Noémie CHOFFEL says:

    Une thématique intéressante, effectivement la cohésion dans les quartiers semble être un vrai problème ! Votre article m’a appris de nombreuses choses, ne vivant pas dans ce milieu, je n’en avais qu’une opinion négative et ne connaissais pas l’existence de projets tels que la dictée. cela me semble être une bonne avancée, même si j’ai du mal à croire que cela soit très efficace et touche l’ensemble de la population des quartiers…

  3. Pierrot Kelly says:

    Le thème choisis est intéressant car c’est un sujet vraiment d’actualité. Les chiffres que vous nous donnez sont vraiment impressionnants. Votre article nous apprend beaucoup de choses sur les quartiers défavorisés ainsi que de leur importance.

  4. RICHARD Noémie says:

    Très belle article. Votre sujet est très intéressant, il y a beaucoup de chiffres, de photo, d’informations… Parler du Corbusier pour les cités radieuses est très judicieux comme choix.
    Nous expliquer ce que les entrepreneurs ont dû mettre au point pour qu’il y ai de plus en plus de personnes en ville nous aide à comprendre pourquoi il y a temps de personne en ville par rapport à la campagne. Maintenant que j’ai lus votre article je sais qu’il y a des personnes qui se sentent mal dans certains quartiers, qu’il y en a beaucoup qui veulent déménager, qu’il y a plus de personne non diplômer dans les quartiers sensible. Je n’ai qu’un mots a vous dire bravo pour votre travail et merci de nous avoir fait partager ceci.

  5. Gaspari marie says:

    Je trouve que le sujet que vous avez choisi est très intéressant car c’est un sujet qui est presque tous le temps au coeur de l’actualité . Je trouve que votre article est bien fait car vous avez vraiment expliqué la création de ces quartiers et ce qu’ils sont devenu je ne savais pas tous cela . De plus je trouve que les chiffres que vous avez mis en évidence au niveau des diplômes et de la réussite scolaire de ces adolescent dans les quartier sont très impressionnant et nous pousse vraiment a la remise en question . En tous cas cet article nous donne vraiment envie de le lire jusqu’au bout car le sujet choisi est très accrocheur et intéressant de plus le fait d’avoir pris comme exemple un rappeur qui s’investi pour redonner goût a la lecture au jeune des quartiers est une très bonne idée sa enlève les idées pré conçu sur les rappeur et montre bien leur investissement pour que les choses changent . Bravo pour votre travail

  6. BLUM Manon says:

    Votre sujet et très intéressant et il a vraiment était traiter sérieusement. Il nous permet de prendre conscience de la vie des quartiers. De plus c’est malheureusement un sujet d’actualité.

  7. FAIVRE-RAMPANT Alice says:

    Je trouve le thème de votre article très intéressent ; les données chiffrées permettent d’illustrer plus clairement la place que prennent les quartiers défavorisés dans les villes. Ce sujet est d’autant plus attractif qu’il est au cœur de l’actualité et montre quelques points positifs sur ces quartiers populaires, alors que ceux-ci sont généralement dénigrés.