Jeunes et médias, une histoire stéréotypée…

Dans notre quotidien, nous sommes tous confrontés à un acte de jugement, qu’il soit conscient ou inconscient. C’est dans la nature humaine. Cet acte est d’autant plus fréquent de nos jours car les styles, les ethnies et les cultures se mélangent et donnent naissance à des stéréotypes, exacerbés par les médias. L’adolescence étant une période de vulnérabilité, les jeunes sont donc particulièrement touchés par ces stéréotypes, et les propagent entre eux, influencés par la sphère médiatique. Nous parlerons donc des stéréotypes sur les jeunes dans les médias et leurs conséquences au sein de la société. Dans un premier temps, nous découvrirons quelques stéréotypes dont souffrent les jeunes. Dans une seconde partie, nous verrons les conséquences de ces clichés, puis dans une dernière partie, nous étudierons les solutions adaptées pour remédier à ces idées reçues.

La représentation des stéréotypes…

La jeunesse dans les médias…

Chaque média a son langage, ses codes, ses façons propres de traiter les sujet. C’est ainsi que les mots utilisés pour qualifier les jeunes dans les médias et notamment à la télévision pose problème. En effet il y a tout d’abord le problème de la définition de la jeunesse. Les auteurs de “Le traitement de la jeunesse dans l’information télévisée française” et Sophie Le Garrec cité dans “Comprendre qui sont les jeunes avant de les juger” de BASSIN Michael soulèvent cette problématique. “Remis en contexte, il y a une différence entre les vocables « jeune », « adolescent », « enfant », « étudiant », « lycéen », « collégien », « 15-25 ans », « mineur », etc.” ( dans : Le traitement de la jeunesse dans l’information télévisée française) or cette distinction n’est pas forcément faite dans les médias. Des personnes très différentes sont donc regroupées sous une même étiquette ce qui donne une image réductrice de la jeunesse.

D’autre part, tous les auteurs de notre corpus s’accordent à dire que l’image des jeunes est trop souvent négative en raison des thématiques abordées dans les médias par le biais de faits divers : la drogue, la délinquance, et la violence. Dans le traitement de ces sujets, la parole des jeunes est supplantée par le discours des adultes qui les accompagnent ce qui minimise la valeur de la parole des jeunes.

Par ailleurs les jeunes passent en moyenne 13h30 par semaine sur leur ordinateur selon Antoine Jeuffin. Selon l’association génération numérique, au moins un tiers des jeunes de 11 à 18 a déjà été exposé à des contenus dangereux sur internet. Il s’agit essentiellement ici  d’images de bagarres, de torture ou pornographie, de propos haineux, racistes ou antisémites. Ces contenus sont stéréotypés et transmettent aux jeunes qui les regardent une mauvaise image de la réalité qui entrainera des comportements inadaptés de leur part. De plus, les jeunes n’en parlent que peu entre eux et encore moins aux adultes. Personne ne peut donc déconstruire les stéréotypes qu’ils ont intégré.

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En clair, l’image que les jeunes peuvent voir d’eux dans les médias se résume à : “Ils sont paresseux, avides de sexe et de jeux vidéo. Enclins au vandalisme, au mieux, à la violence gratuite, au pire. S’ils traînent en bas des immeubles, c’est forcément pour y vendre de la drogue ou noyer leur torpeur dans un verre d’alcool. On le sait bien, les jeunes sont des irresponsables.” comme le dit Matteo Maillard. Cependant, les clichés les plus visibles sont :

Les jeunes de banlieue…

Délinquance, voile et mauvaise situation sociale sont les clichés qui reviennent à l’abord de  cette dénomination. Si une faible partie de ces jeunes réussi à atteindre une place de cadre ou ingénieur, une toute aussi faible minorité bascule dans le trafic de contrebande. En majeure partie, les jeunes de banlieue vivent un quotidien compliqué, dans la pauvreté pour la plupart. Selon Thomas Guénolé dans «Le jeune de banlieue», cet être «aussi réaliste qu’une licorne», 6 sur 10 jeunes finiront avec un job mal payé et précaire; 4 sur 10 seront au chômage.

Avant tout, le stéréotype sur le jeune de banlieue est conçu par des balianophobes bien souvent racistes. Il est ensuite véhiculé par trois pôles majeurs : les éditorialistes, le public et les grands médias.

Lorsqu’il s’agissait de montrer la banlieue, il y avait des plans en noir et blanc sur des tours avec une musique dramatique pour faire peur” explique Marine Boin, 20 ans et juré du prix Stop aux clichés sur les jeunes, en parlant d’un reportage « Mobilisation des jeunes diplômés de la cité » diffusé sur France 2. Dans le public français, sur les 60% qui ont une image négative des jeunes de banlieue, 1 personne sur 4 admet que cette mauvaise image vient des médias.

L’influence des médias et leurs stéréotypes sexistes…

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https://gaellejacquemin.wordpress.com

S’il reste une catégorie de stéréotypes qui prend de l’ampleur avec le temps, il s’agirait des stéréotypes sexistes. De nos jours, les clips musicaux, les publicités et les autres médias véhiculent beaucoup d’images très clichées de “la femme vêtue de rose et l’homme vêtu de bleu”. Les adolescents sont fortement influencés par ces clichés médiatiques : aujourd’hui, les images sont omniprésentes, dans les publicités, la presse, à la télévision, sur les smartphones, sur le net, réelles, virtuelles, retouchées…

Le corps de la femme est souvent et de plus en plus exposé, de manière parfois suggestive, obéissant à des normes physiques, tandis que l’homme est représenté avec un corps puissant et parfois une posture dominante. De plus, les codes couleurs restent très (trop) présents : les femmes en rose, les hommes en couleurs plus sombres.

Tous ces clichés ne sont pas sans dangers, ils peuvent engendrer de sérieux déficits chez l’adolescent, vulnérable et fragile, d’autant plus qu’il représente la tranche d’âge la plus exposée aux médias. Les stéréotypes amènent à un manque de confiance en soi, et parfois même une mise en danger de soi.

 

Des conséquences trop sous-estimées…

Une mise en danger de l’adolescent

Qu’il s’agisse des publicités, de la presse, des réseaux sociaux ou des clips musicaux, les images stéréotypées de ces médias représentent de réels dangers pour les jeunes.

Comme l’explique Violaine Dutrop dans son article intitulé “Influence des images véhiculées par les médias sur nos jeunes”, la femme est représentée comme un objet hypersexualisé, avec un idéal uniforme et inatteignable, et cela n’est pas non sans conséquences pour les jeunes filles. Ces normes physiques pèsent sur elles et elles en sont les premières victimes : le développement de complexes et d’une mauvaise estime de soi, amenant d’une part un mal-être pouvant conduire à la dépression au long-terme (voire à des conséquences plus graves), ou d’une autre part, un désir d’uniformisation afin d’éviter le jugement des autres adolescents, reproduisant ces stéréotypes entre eux. Des troubles du comportement alimentaires peuvent aussi apparaître chez les filles (10 fois plus présents chez les filles que chez les garçons).

Il en est de même pour les hommes, souvent représentés de manière très “virile” et puissante, pouvant complexer un jeune homme qui n’a pas la musculature ou la virilité “normée” au même titre qu’une jeune fille qui n’a pas le corps “idéal”. Certains garçons vont au contraire suivre à la lettre ces normes et prendre parfois les mêmes airs dominants, pouvant conduire au viol dans quelques cas.

Fille ou garçon, les stéréotypes véhiculés par les médias ont une atteinte importante quand au mental des jeunes et peut les amener à des troubles psychologiques parfois graves.

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https://www.babelio.com/liste/7250/Le-mal-etre-adolescent

Le jeune est un délinquant…

Le terme employé peut amener une discrimination le « jeune » est délinquant. Il y a aussi le problème de la représentation de la jeunesse qui doit être protégée mais dont l’anonymat crée une image de délinquant. Cette conclusion est tirée par l’analyse de plusieurs reportages faits dans le document “Le traitement de la jeunesse dans l’information télévisée française”. Cela peut entraîner des relations fortes de la part des jeunes.

Un rejet engendrant une opinion rebelle

Certains jeunes sont donc assimilés à des stéréotypes et les subissent au quotidien. Une partie d’entre eux, trop faible, va avoir tendance à sombrer ou a tenter de se fondre dans la masse pour éviter les critiques. Cependant, une autre partie va se rebeller et basculer dans la provocation. Par exemple, comme l’explique Thomas Guénolé dans «Le jeune de banlieue», cet être «aussi réaliste qu’une licorne», certaines jeunes filles portent le voile dans l’unique but de se venger des stéréotypes et des critiques et donc plutôt en symbole contre-culturel. Les stéréotypes sont donc encore plus stigmatisés et entrent dans un cercle vicieux.

 

Les solutions envisageables

Une prévention efficace

Afin de limiter les mauvaises conséquences de l’influence des médias sur les jeunes, il est nécessaire de faire des préventions auprès des jeunes. L’éducation  des jeunes aux médias permet de les protéger des dangers comme le préconise Violaine Dutrop dans son article cité précédemment.

 

Travailler à partir de vécus et non de frayeurs

L’essentiel du tapage médiatique sur les craintes concernant les réseaux sociaux, les jeux vidéos ou tout autre chose faisant l’objet d’un stéréotype sur les jeunes, est d’abord issu de craintes d’adultes. Il faut travailler à partir de réels dangers observés et non de frayeurs comme l’explique Anne-Laure Wibrin, docteure en sociologie et membre du Centre Interdisciplinaire de Recherche Travail, État et Société, dans son article « La construction sociale de médias dangereux pour la jeunesse. Des paniques morales aux quasi-théories ». De plus, le fait de travailler sur un parcours singulier limite la vision stéréotypée du jeune comme nous le dit l’étude du conseil national de la jeunesse.

 

Instaurer un dialogue entre jeunes et adultes…

Les jeunes ne parlent pas aux adultes des images choquantes qu’ils voient alors qu’un dialogue pourrait les aider. Ils ne sont cependant pas les seuls fautifs, car comme nous le dit Sophie Le Garrec cité dans “Comprendre qui sont les jeunes avant de les juger” il y a une absence d’intérêt des politiques et des chercheurs à comprendre les jeunes ils les jugent.

 

Conclusion

Les jeunes sont doublement victimes des stéréotypes dans les médias. D’un côté ils subissent ceux que les adultes ont sur eux, et de l’autre, ils en assimilent du fait de leur utilisation massive des médias. Cela a d’importantes conséquences non seulement pour les jeunes mais aussi pour la société entière. Ils sont déresponsabilisés comme le montre Marine Boin dans “Les jeunes, cible privilégiée des clichés médiatiques”. Cela se voit car les jeunes sont peu représentés en tant qu’acteurs de projets dans les médias comme l’explique le Conseil national des jeunes. Cela freine donc les jeunes dans leurs actions, limitant ainsi leur développement et celui de la société. Cette absence d’intérêt de l’ensemble de la société pour les jeunes est sûrement un facteur qui permet d’expliquer que les jeunes se tournent vers les nouveaux médias que sont les réseaux sociaux qui leur permettent d’être acteurs et d’avoir la parole médiatique plus tôt. Nous pouvons voir cela dans la caricature d’Oli, qui montre même jusqu’à un enfermement dans les réseaux sociaux. Cependant, des solutions sont possibles pour améliorer la situation en créant un intérêt mutuel entre les jeunes et leurs aînés.

BARRERE Yann et AEBISCHER Alison

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BASSIN Michael. Comprendre qui sont les jeunes avant de les juger. Le Journal du Jura, vendredi 23 avril 2010 pp. 8

Drouet Maxime. Le traitement de la jeunesse dans l’information télévisée française. In L’image des jeunes les médias. pp. 9 – 43

Dutrop Violaine. Influence des images véhiculées par les médias sur nos jeunes. L’institut Egaligone [en ligne]. Institut Egaligone, septembre 2015 [consulté 07/12/2017]. Disponible sur : http://egaligone.org/2015/09/11/influence-des-images-vehiculees-par-les-medias-sur-nos-jeunes/

Guénolé Thomas «Le jeune de banlieue», cet être «aussi réaliste qu’une licorne» in http://www.slate.fr [en ligne]  22.09.2015 – 7 h 38, mis à jour le 22.09.2015 à 7 h 51 consulté le 25/12/2017 http://www.slate.fr/story/106433/jeunes-banlieue-mangent-les-enfants-thomas-guenole

Jeuffin Antoine L’utilisation des médias par les ados de 2015, en chiffres in http://atelier.rfi.fr [en ligne] le 18 décembre 2015 à 16:37 consulté le 19/12/2017 http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/l-utilisation-des-medias-par-les-ados-de-2015-en-chiffres

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Pecolo Agnès, « Génération médias », Cahiers de l’action, 2012/1 (N° 35), p. 11-17. DOI : 10.3917/cact.035.0011. URL : https://www.cairn.info/revue-cahiers-de-l-action-2012-1-page-11.htm

Wibrin Anne-Laure, « La construction sociale de médias dangereux pour la jeunesse. Des paniques morales aux quasi-théories », Recherches sociologiques et anthropologiques [En ligne], 43-1 | 2012, mis en ligne le 11 mars 2013, consulté le 03 janvier 2018. URL : http://journals.openedition.org/rsa/843

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