L’apport des jeunes dans les changements sociétaux

Tout d’abord, avant de s’intéresser à la nature même des apports de la jeunesse sur la société, il semble légitime de s’interroger sur un point : qu’est-ce que la jeunesse ? Si l’on en cherche la définition proposée par le dictionnaire Larousse, la jeunesse est une «période de la vie humaine comprise entre l’enfance et l’âge mûr ». Cela laisse donc supposer que les individus appartenant à cette classe d’âge ne sont pas encore suffisamment accomplis pour être considérés comme « mûrs ». Or, il paraît bien réducteur de ne pas imputer à la jeunesse ses apports qui ont marqué notre société Occidentale, et ce depuis les années 1950. De facto, des domaines aussi fondamentaux que l’économie, la politique et la culture ont été influencés par sa vision novatrice, parfois antagoniste à celle adoptée par les générations dites plus « mûres ».

Ces explications soulignent alors le bien-fondé de ce questionnement : En quoi la jeunesse est-elle vecteur de changements au sein notre société ? En outre, la jeunesse fait preuve d’initiative en cherchant à transformer le paysage politique qui gouverne nos sociétés, en apportant sa conception intrinsèque de l’économie et en façonnant la culture à sa propre perception du monde.

“Jeunesse lève toi … ” (Saez)

Les jeunes apparaissent a priori détachés de la politique, leur désintéressement en est tel que selon une étude IFOP pour l’Association nationale des conseils d’enfants et de jeunes, l’abstention à la présidentielle de 2017 s’élèverait à 52 % chez les 18-25 ans. De ce fait, une part importante des jeunes illustre ce détachement et cette profonde accoutumance à l’attentisme. Le poids des institutions, de l’ordre établi, pèse trop sur cette fraction de la population, qui a choisi le désengagement plutôt que la mobilisation et la prise de position.

Pourtant, même si ce constat est révélateur d’un certain état d’esprit de désinvolture et de méfiance des jeunes envers la politique, il semble néanmoins omettre les 48% de jeunes votants, parmi lesquels des militants engagés de tous bords politiques, de tous horizons, qui veulent promouvoir leurs opinions politiques et les défendre. Le militantisme est en outre une voie privilégiée par les jeunes pour faire valoir leurs idées. Mais, l’engagement politique des jeunes ne se traduit pas uniquement par de la distribution de tracts ou par une participation à des débats d’idées : cet activisme se concrétise lorsque leurs idéaux de liberté, d’égalité, lorsque leurs convictions politiques sont mises à mal. Ce fut notamment le cas en France en mai 1968, lorsque la jeunesse étudiante parisienne s’est levée contre le pouvoir gaulliste alors en place, plus particulièrement contre l’aspect autoritaire qu’il incarnait. Ce soulèvement étudiant engendra une rupture fondamentale dans l’histoire de la société française et sa profonde réformation, matérialisées par la fin de cette autorité pesante et des valeurs morales et religieuses traditionnelles qu’elle incarnait.

En outre, il s’agirait d’un manque total d’exhaustivité que de généraliser le degré d’appartenance des jeunes à la politique : certains s’y sentent désaxés alors que d’autres sont galvanisés par la perspective d’être de véritables vecteurs de changements dans le paysage politique.

“Au temps où rien n’est impossible… “ (Saez)

Les jeunes ne sont pas tous égaux face aux difficultés économiques qu’ils sont amenés affronter. Certains sont victimes des failles du système économique, notamment du chômage. En effet, de nos jours, la jeunesse est de plus en plus touchée par l’inactivité due à une crise de l’emploi sans précédent. Le taux de chômage des jeunes était de 24% au dernier trimestre 2015, comparativement il était de 10% pour l’ensemble de la population.

Taux de chômage en Europe

« Taux de chômage des jeunes en Europe, 2005-2013 », source EuroStat, https://www.les-crises.fr/chomage-jeunes-en-europe


De plus, la jeunesse doit faire face à la précarisation de l’emploi. Les contrats précaires concernent 50% des 15-24 ans contre 13% des 25-49 ans.

Toutefois la jeunesse ne se décourage pas et parvient à trouver des solutions innovantes. Certains jeunes se lancent dans l’entreprenariat et créent ainsi des start-up. En outre, Mark Zuckerberg connu pour être le créateur de facebook, était étudiant lorsqu’il a révolutionné le domaine des réseaux sociaux et surtout de la communication. Les apports sont directement visibles puisque l’on dénombre plus de 2,1 milliards d’utilisateurs facebook au 11 novembre 2017. On remarque également que les nouvelles générations sont de plus en plus axées sur le domaine du numérique, ce qui représente une grande part de l’offre d’emploi actuellement. Des inégalités constantes stigmatisent une partie des jeunes qui ne vie pas dans des zones à fort potentiel économique, mais plutôt dans des zones dites “sensibles”. Ces jeunes, habitués à l’économie collaborative et à un certain “art de la débrouille”, sont une mine foisonnante d’idées et d’innovations. Ils se forgent ainsi une expérience dans l’entreprenariat et deviennent de véritables modèles de réussite, aussi bien d’un point de vue économique que social.

“Contre-courant toujours sont les contre-cultures … “ (Saez)

La jeunesse a également toujours eu un grand impact sur notre culture. En apportant continuellement toujours plus de nouvelles modes et de nouveaux états d’esprit, elle se trouve très souvent au cœur des grands changements socio-culturels des 50 dernières années. En effet, une grande diversité de mouvements culturels a marqué les sociétés Occidentales. La jeunesse a entériné de nouveaux genres musicaux, styles de vie et modes vestimentaires, ce qui a permis une diversification progressive de notre culture. Ce fut le cas en 1960, lorsque le mouvement Hippie fit son apparition. Ce courant de contre-culture, amené par une jeunesse engagée contre la violence, a marqué la société. En effet, ce courant rassembleur est né juste après la guerre du Vietnam et s’est très rapidement propagé partout en Occident. La culture est en éternelle évolution et c’est ainsi que les années rock en 1950, les années pop avec les Beatles avec le mouvement punk en 1960 ainsi que disco en 1970 se sont retrouvées intrinsèquement liées aux évolutions des mentalités chez les jeunes.

Toutefois, la culture ne se cantonne pas uniquement à la musique, elle marque également d’autres domaines comme la littérature, les arts entres autres. En développant la culture, les jeunes permettent un enrichissement et un renouvellement certains dans notre société. Cependant, ces changements brutaux peuvent mener à des désaccords avec les mouvements déjà en place précédemment. Reprenons l’exemple de la période hippie, de nombreuses manifestations ont eu lieu ainsi que de nombreux rassemblements afin de dénoncer les actions du gouvernement et de l’armée au Vietnam. Les combats de la jeunesse sont multiples et elle doit parfois s’engager pleinement pour défendre ses idéaux et ses convictions.

“Un jour viendra, nous aurons des rêves à nouveau” (Saez)

Ainsi, depuis les années 1950, les jeunes Occidentaux s’affirment dans notre société. Ils permettent petit à petit son évolution et sa transformation. La jeunesse modélise toujours un peu plus une société à son image et apporte toujours plus de nouveauté, elle serait en somme le souffle d’un vent nouveau. Toutefois, tout changement n’est pas forcément souhaitable ou positif, et cela peut engendrer des conséquences directes sur la société. Il persiste tout de même une question que l’on ne se pose pas au cours de ce bref article : est-ce un phénomène universel ? La jeunesse est -elle la même partout ? De ce fait, en Chine, en juin 1989, un étudiant s’est révolté contre son pays et s’est placé devant un char pour montrer son désaccord face à un Etat totalitaire privant son peuple de liberté.

https://www.youtube.com/watch?v=YeFzeNAHEhU, « 1989: Man vs. Chinese tank Tiananmen square « , 5 juin 1989


N’est-ce pas là le signe d’une jeunesse inspirant le changement ?

Collart Maëlle et Perrin Audran

Bibliographie :

  • Clémentine Raineau et Mathias Bernard, « Regards croisés sur la jeunesse » « Introduction « , « Siècles », 24 | 2006, mis en ligne le 01 mai 2007. URL : http://siecles.revues.org/1454
  • Tonino Serafini, « La précarité, maladie de la jeunesse », 09/03/2009, disponible sur : http://www.liberation.fr/france/2016/03/09/la-precarite-maladie-de-la-jeunesse_1438616
  • Sylvia Zappi, « Les jeunes entrepreneurs des quartiers loin des clichés », leMonde économie, 20.09.2016 à 11h44, mis à jour le 20.09.2016 à 15h28,  disponible sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/09/20/les-jeunes-entrepreneurs-des-quartiers-loin-des-cliches_5000621_3234.html#RxC0cdquvsSzhTLE.99http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/09/20/les-jeunes-entrepreneurs-des-quartiers-loin-des-cliches_5000621_3234.html
  • Nicole Gallant, Directrice de l’OJS, avec la participation des étudiants Stéphanie Atkin, Anne-Marie Brunelle, Katherine Labrecque et Guillaume Tremblay-Boily, « Mémoire de  l’Observatoire Jeunes et Société : Consultation en vue de  la future Politique québécoise de la jeunesse « , Observatoire Jeunes et Société , Septembre 2015
  • Mathias Bernard,  » La « culture jeune », objet d’histoire ? « , « Regards croisés sur la jeunesse »,  « Siècles », 24 | 2006, mis en ligne le 20 février 2014, URL : http://siecles.revues.org/1465
  • Rainer Zoll, « Nouvel individualisme et solidarité quotidienne : Essai sur la mutations socio-culturelles », 2016
  • Anne Muxel, « L’engagement politique dans la chaîne des générations »,  C.E.R.A.S | « Revue Projet », 2010/3 n° 316 | pages 60 à 68, disponible sur : https://www.cairn.info/revue-projet-2010-3-page-60.htm
  • Geoffrey Pleyers, Brieg Capitaine, « Introduction. Alteractivisme : comprendre l’engagement des jeunes », Agora débats/jeunesses 2016/2 (N° 73), p. 49-59, disponible sur : https://www.cairn.info/revue-agora-debats-jeunesses-2016-2-page-49.htm
  • Olivier Berruyer, « Taux de chômage des jeunes en Europe, 2005-2013 », source EuroStat, https://www.les-crises.fr/chomage-jeunes-en-europe
  • François Bougon, « Ce qui s’est vraiment passé à Tiananmen », disponible sur :  http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2014/06/04/ce-qui-s-est-vraiment-passe-a-tiananmen_4432014_3216.html#sI3y6yQoZiFqfo8W.99, Le Monde.fr | 04.06.2014 à 18h12 • Mis à jour le 04.06.2014 à 18h50
  • CNN, « 1989: Man vs. Chinese tank Tiananmen square « , Diffusion de la chaîne américaine CNN le 5 juin 1989, video disponible sur : http://edition.cnn.com/videos/world/2013/06/03/vault-1989-tiananmen-square-man-vs-tank.cnn
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3 Responses to L’apport des jeunes dans les changements sociétaux

  1. btsenil says:

    Votre article est clair, pertinent et bien structuré.
    Il permet de se rendre compte de la place importante qu’occupe les jeunes d’aujourd’hui dans notre société. Cette même société qui s’empresse pourtant de stéréotyper cette génération comme étant désintéressée et non engagée. Les arguments que vous avez mis en avant pour prouvez le contraire sont bien détaillés et illustrés ce qui permet de faire passer votre message de manière encore plus efficace.
    La jeunesse est finalement synonyme d’avenir et de nouveauté, un fait qu’il est important de mettre en avant comme vous l’avez fait dans ce post.
    La vidéo est une illustration de vos propos poignants et bien choisie.
    Océane Dutarte

  2. btsenil says:

    Je trouve votre sujet d’une pertinence très forte. En effet, en tant qu’étudiante et ayant obtenu mes 18 ans depuis peu je me sens particulièrement concernée par le droit de vote. Je ne connaissais pas les chiffres de l’absentéisme des jeunes à ce sujet. En tant que jeune votant et je trouve particulièrement bien de confronter les jeunes face à leurs droits (le droit de vote ici) et de les mobiliser, afin qu’ils se sentent davantage impliqué dans la société actuelle.
    Il est vrai de dire que le taux de chômage chez les jeunes est fortement élevé, contrairement à la moyenne nationale, ce qui est un réel problème de société pour tous. Comme vous l’avez bien dit, en plus de se retrouver confrontés au chômage, les jeunes d’aujourd’hui doivent faire face à d’autres difficultés, notamment la précarisation de l’emploi. De plus, vous amenez vos parties de manière adéquate en citant Damien Saez, en évoquant « Au temps où rien n’est impossible … », et effectivement, c’est ce genre de paroles qui résonnent dans les oreilles de chaque jeune face au chômage.
    Le fait d’évoquer certains styles d’époques est une chose très juste également, puisque la plupart des personnes faisaient cela, dans le but de faire passer des idées.
    Je trouve également bien de terminer sur un espoir de révolte de la jeunesse !

    DROUIN Ophélie

  3. btsenil says:

    Votre article est riche, que ce soit textuel ou visuel. Les jeunes ont une grande difficulté à se faire une place dans une société, qui ne semble pas vouloir d’elle. On leur demande pas leurs opinions et cela les agacent. L’exemple de l’étudiant chinois, qui se dresse devant le char sans bouger est une preuve de révolte de la part des étudiants.
    WAWRZYNIAK Julien