Le commerce équitable, une initiative solidaire des plus louable

Le commerce équitable est un partenariat commercial fondé en théorie sur le dialogue, la transparence et le respect. Il a pour objectif de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial et notamment de garantir les droits des producteurs, en particulier dans les pays du Sud où la pauvreté est très présente.

Ces pays sont considérés comme pauvres par leur PIB (Produit Intérieur Brut) et leur IDH (Indice de Développement Humain), on dit ce ces pays qu’ils sont en voie de développement. On les appelle ainsi car la majorité des pays concernés se situent au Sud des pays émergés (riches), c’est à dire en Amérique du Sud, En Afrique et en Asie du Sud.

C’est en 1988 qu’apparait au Pays-Bas le label Max Havelaar, nommé le FLO (Fairtrade Labelling Organizations), le premier label à délivrer des certifications pour les produits issus du commerce équitable. L’un des objectifs de cette organisation est d’aider les petits producteurs à sortir de la pauvreté.

On peut alors se demander, en quoi le commerce équitable permet aux petits producteurs des pays du Sud de sortir de la pauvreté ?

Nous verrons dans un premier temps les avantages et la finalité du commerce équitable, pour finir par pointer quelque uns de ces défauts.

 

Le commerce équitable et ses avantages

Le FLO a permis aux petits producteurs du Sud de vendre leurs produits dans nos supermarchés, ce qui a fait exploser le nombre de débouchés possibles pour leurs produits. Il y a en effet, d’après les fondateurs du mouvement chez Max Halevaar plus d’effets positifs en termes de revenu pour les producteurs s’il vendent des produits en plus grande quantité plutôt que de vendre une même quantité à un prix plus élevé.

Le FLO a également permis aux producteurs du Sud (Amérique latine, Afrique et Asie) de se regrouper, de s’unir sous la bannière du commerce équitable pour s’imposer face aux gros distributeurs alimentaires (Europe, Etats-Unis) qui prenaient toute la place sur le marché mondial. En pouvant enfin s’exprimer, les acteurs du commerce équitable ont pu dégager encore plus de débouchés pour leurs produits. C’est encore une fois bénéfique financièrement pour les producteurs.

Ce label apporte de nombreux avantages directement aux producteurs comme la garantie de vendre un nombre minimum de produits chaque année, à un prix fixe et raisonnable qui leur permet de vivre de leur travail, contrairement à de nombreux autres produits issus de l’importation.

Les prix garantis, permettent aux producteurs de prévoir sur le long terme et d’améliorer son confort de vie.

On apprend dans l’article « Soutenir les producteurs du Sud » rédigé par Laurence Estival, qu’en 2014, le commerce équitable a généré 1.09 milliards d’euros et a permis à 1.65 millions d’agriculteurs et de salariés agricoles de vivre de leur travail.  Les producteurs peuvent ainsi se permettre de prévoir l’avenir, d’améliorer leurs conditions de vie et d’envoyer leurs enfants à l’école. Ces enfants, une fois éduqués, trouveront plus facilement un emploi et sortirons plus aisément du cercle vicieux de la pauvreté, qu’elle soit pécuniaire ou culturelle.

Renata Lasso, conseillère au ministère chargée de l’agriculture d’Equateur, nous raconte dans une interview réalisée par Tréhet Christophe que le commerce équitable rapporte beaucoup. Il a permis aux petits producteurs d’améliorer leur qualité de vie et de s’imposer face aux haciendas, grandes exploitations agricole financée par des investisseurs étrangers.

On peut citer l’exemple de la ferme de Hoja Verde, l’une des première ferme en Equateur à avoir travaillé sur la certification équitable, en 2003. Elle tentait de trouver une alternative à la vente de ces terres à des étrangers. Elle a décider d’investir dans les fleurs avec l’aide de Max Havelaar et produit aujourd’hui plus de 50 variétés de roses, avec l’aide de plus de 170 travailleurs (dont la majorité sont des femmes) d’après Jean-François Coffin dans Exotisme : des plantes éthiquement correctes.

L’Equateur a également vu l’émergence de nouvelles filières et de nouveaux marchés (comme celui de la tisane) Cette diversification des activités entraîne la création de nouvelles coopératives qui embauchent et font vivre de nombreux travailleurs.

Comme on vient de le voir, le commerce équitable aide donc les petits producteurs financièrement mais en les aidant autant, ceux-ci n’oublient-ils pas comment se débrouiller seuls ?

 

Quelle est la finalité du commerce équitable ?

D’après Franck Delalande, le commerce équitable devrait avoir pour but final de rendre les petits producteurs indépendants, ce qui serai la seule véritable preuve de leurs sorties de la pauvreté.

A cette fin, de nombreuses formations sont offertes aux producteurs. En 2014, 138 millions d’euros sous forme de subventions ont été utilisés pour financer des programmes de formation, d’après Laurence Estival dans Soutenir les producteurs du Sud.

Ces formations apprennent notamment aux producteurs comment améliorer le rendement de leurs terres, de devenir plus compétitifs ce qui facilite leur insertion sur le marché mondial ou local et à travailler en toute sécurité.

Sofa (Small Organic Farmer Association), une coopérative qui milite pour le commerce équitable au Sri Lanka, permet également aux producteurs de valoriser les autres produits de leurs jardins (épices, fruits et légumes) en commerce équitable et sur le marché local – et de transformer et conditionner les produits localement, contribuant ainsi au développement économique de la région.

Toutes ces initiatives permettent aux petits producteurs de s’organiser, de créer leur propre réseau de distribution, d’obtenir une plus grande visibilité et une certaine indépendance vis-à-vis des aides fournies par le commerce équitable. Arrivé à ce stade, on peut dire qu’ils sont bels et bien sortis de la pauvreté.

Le commerce équitable présente donc beaucoup d’avantages pour les producteurs mais il vient avec son lot de contraintes.

 

Un commerce avantageux, certes, mais pas parfait

Le commerce équitable aide les producteurs à sortir de la pauvreté mais son domaine d’activité ne concerne en grande majorité que le secteur de l’agriculture (et un peu l’artisanat). On peut prendre par exemple les chiffres de 2015 du commerce équitable Nord-Sud, ou plus de 90% des échanges réalisés concernent des denrées alimentaires et des produits issus de l’agriculture. Cela limite énormément le nombres de personnes qui peuvent bénéficier des avantages du commerce équitable.

Schémas représentant la répartition des ventes du commerce équitable en 2015 en fonctions des secteurs

Commerce Equitable France. Répartition par typologie (graphique). Les chiffres du commerce équitable en france en 2015[en ligne], [consulté le : 02/01/19]. Disponible sur : http://www.commercequitable.org/actualites/383-chiffres-2015.html

Commerce Equitable France. Répartition par typologie (graphique). Les chiffres du commerce équitable en france en 2015[en ligne], [consulté le : 02/01/19]. Disponible sur : http://www.commercequitable.org/actualites/383-chiffres-2015.html

On peut aussi mettre en avant une certaine limitation dans les produits qui peuvent être labellisés.

Par exemple, en 2010, les seules plantes ornementales exotiques à pouvoir être labellisées par Max Havelaar étaient les roses. Les producteurs n’ont donc pas le choix du produit qu’ils peuvent produire.

Cette « culture forcée » remplace celle des fruits et légumes locaux et perturbe de l’offre locale de produits agricoles. Les gens sont alors obligés d’importer des denrées qui étaient traditionnellement produites localement.

Un autre point faible du commerce équitable, c’est que presque tout ce qui est produit dans les pays du Sud est destiné à l’export vers les pays du Nord, très demandeurs en matières premières. En exportant leurs produits, les producteurs dépendent alors totalement des variations de l’offre et de la demande sur le marché mondial. La vente de produits non côté en bourse, comme le Quinoa produit dans les montagnes d’Equateur, qui en 2010 n’était pas côté en bourse, rendait la détermination de la rémunération de ces producteurs très complexe.

En cas de crise, les débouchés s’arrêtent brutalement et les producteurs se retrouvent alors avec un stock qu’ils ne peuvent plus écouler sur les bras.

Certaines personnes perçoivent le commerce équitable uniquement comme un moyen de soutenir les petits producteurs du Sud, pas de faire du commerce avec eux. Ils se lancent alors dans des actions qui ressemblent plus à du caritatif qu’à du commerce, ce qui aide les producteurs sur le moment mais ne les fait pas sortir de la pauvreté.

 

Pour conclure

Nous venons de voir que le commerce équitable présente de nombreux avantages et aide réellement les petits producteurs à sortir de la pauvreté en leur garantissant notamment des prix justes et de nombreux débouchés. Il leur sert alors de marche pieds pour qu’ils puissent devenir indépendants dans la jungle du marché mondialisé.

Les labels, comme FLO, présentent certes quelque inconvénients (comme une limitation des produits labellisés) mais ceux-ci restent négligeables faces aux bénéfices qu’ils apportent.

Il est donc maintenant à nous, consommateurs des pays du Nord d’apprendre à soutenir de telles initiatives, notamment en consommant des produits issus de tel commerces.

Marc CLERGEOT

Maxence CHAUVIN

 

BIBLIOGRAPHIE

  • Bois, Fabienne. Circuits courts et commerce équitable : entre partage et distance. Trans rural initiatives, juillet 2012, n°418, p 8
  • Coffin, Jean-François. Exotisme : des plantes éthiquement correctes. Jardins de France, janvier 2010, n°604, p 40-43
  • Domergue, Samuel. La grenouille et l’agriculture durable. Alternatives Economiques, janvier 2013, n°322, p 34-35
  • Estival, Laurence. Soutenir les producteurs du Sud. Les Dossiers d’Alternative Économique, septembre 2017, n°11, p 26-29
  • Lemay, Jean-Frédéric. La deuxième institutionnalisation : l’apparition des certificateurs Mouvements sociaux transnationaux : le partenariat de deux organisations de commerce équitable en France et au Pérou. DÉPARTEMENT D’ANTHROPOLOGIE FACULTÉ DES SCIENCES SOCIALES UNIVERSITÉ LAVAL QUÉBEC, octobre 2007, p 27-28
  • Maréchal, Caroline. Franck Delalande ou le commerce engagé. Point de vente, 25 janvier 2010, n°1063, p 24-25
  • Tréhet, Christophe. Quand les petits producteurs nourrissent un pays. Trans rural initiatives, juin 2010, n°396, p 18-19
  • Villegas, Johanne. Un fairtrade au service des producteurs. Trans rural initiatives, octobre 2011, n°410, p 19
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2 Responses to Le commerce équitable, une initiative solidaire des plus louable

  1. btsenil says:

    C’est un sujet vraiment très intéressent qui remet en question nos moyens de consommations, de bons paragraphes avec beaucoup de détail, on voit que vous connaissez votre sujet, phrases claires, le texte est délimiter par des titres c’est agréable a lire. C’est un sujet qui mérite le détour, ce sujet commence peu a peu a revenir dans les discutions car les personnes reviennent au locales. Cela nous fait comprendre qu’il faut rester souder et aider les plus pauvre.
    Thibault Marine

  2. btsenil says:

    Je trouve votre article vraiment intéressant. La structure et l’organisation le rendent agréable à lire.
    Vous définissez clairement vos notions et donnez des détails qui poussent à réfléchir. Il est important d’évoquer que même un projet aussi impliqué dans l’égalité du commerce mondial possède aussi ses défauts. Vous apportez des chiffres qui nous permettent de nous représenter plus facilement la situation. Il est important de se rendre compte que nous sommes tous acteurs du commerce équitable à condition d’agir correctement en faveur des petits producteurs.
    ROUSSÉ Adrien