Le passage de l’adolescence à l’âge adulte

Introduction

La jeunesse est un passage, une transition, un véritable bouleversement intérieur, ainsi qu’un processus de socialisation. Sociologiquement, étudier la jeunesse revient à observer et explorer la vie, les motivations, les conditions sociales correspondant au passage d’un statut d’âge. La jeunesse est un passage dont les frontières et la définition ont évolué au cours de l’histoire et se modulent selon les situations sociales. Mais en quoi le passage de l’enfance à l’âge adulte est une période fondamentale dans la construction de la personne ? Nous allons commencer par étudier ce qu’on appelle l’illusion du modèle classique d’entrée dans la vie adulte puis nous analyserons la position de cette société adulte émergente dans la vie actuelle et enfin nous essayerons de définir les principales causes de cette problématique.

L’illusion du modèle classique

  • Le recul du passage à l’âge adulte

On remarque ces dernières années que l’entrée dans l’âge adulte a tendance à être retardée du fait des difficultés d’insertion auxquelles les jeunes sont confrontés. Des chercheurs ont constaté que la vie adulte émergente semblait se prolonger chez plusieurs jeunes par comparaison avec les générations précédentes. Les jeunes quittent le cocon familial de plus en plus tardivement. De plus, les modes de vie, la manière de voir l’avenir et de s’engager dans la vie sociale ont bien évolué au cours de ces dernières décennies. En questionnant les jeunes nous avons pu remarquer qu’ils se sentent moins libres et plus seuls lorsqu’ils deviennent adultes « Il y a trop de poids qui est mis sur les adultes. Plus on est jeune, plus on est influençable, et plus on est porté à voir des choses qu’on ne concevrait pas étant adulte » (Marc-Antoine, 17ans). Pour eux, être adulte n’est pas une question d’âge mais plutôt de responsabilités, de contraintes économiques et financières. De plus ils contestent la façon de penser des adultes à leur sujet qui parle souvent de la « crise d’adolescence », qui les considèrent encore immatures et qui pensent avoir « le savoir ». Ainsi être adulte est à la fois un avantage et un inconvénient et la barrière symbolique entre l’enfance et l’âge adulte est floue et interprétée par chacun via ses propres expériences personnelles. En théorie le passage à l’âge adulte comprend trois seuils essentiels : « l’emploi stable, la résidence indépendante et la mise en couple » mais cela s’avère souvent plus compliqué (pour approfondir voir le document Cécile Van de Velde, Devenir Adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe). Pourquoi les jeunes semblent-ils de plus en plus nombreux à retarder le moment de prendre en charge leurs responsabilités financières, économiques et familiales, bref à devenir adulte ?

Petit Bateau, campagne publicitaire transgénérationnelle « Les mois » http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2010/03/10/entrainement-bts-culture-ge-generations-les-ages-de-la-vie-perturbes/#ixzz53IXVHLkm Espace Pédagogique Contributif Under Creative Commons License: Attribution Non-Commercial No Derivatives

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  • L’enjeu des cultures juvéniles

Aujourd’hui les adolescents tentent de se distinguer dans leurs goûts, l’idée d’une plus grande autonomie de leurs choix émerge. Deux théories contradictoires s’opposent cependant : celle d’une homogénéisation des jeunes d’un côté (voir :Cultures lycéennes, la tyrannie de la majorité Pasquier, voir les écrits de  Hervé Glevarec ) et celle d’une diversification de l’autre (voir Questions de sociologie  de Bourdieu). Une enquête quantitative a été menée dans le Limousin en 2009 sur des élèves (suivant un cursus scolaire entre le collège et le lycée) pour comprendre les influences des goûts . On remarque alors que plusieurs facteurs entrent en jeu : l’âge, le niveau de parcours scolaire, l’intensification des sociabilités et la complexification des influences. Effectivement il existe une véritable frontière entre les goûts des moins de seize ans influencés par la famille et les médias, et ceux des plus de seize ans influencés par le phénomène de groupe. On observe un certain « conformisme des goûts au niveau des classes de cinquième qui tend à diminuer en troisième » et des « séparations fortes dans les goûts des lycéens en fonction de la filière ». Sylvain Aquaticas a affirmé que le processus de socialisation s’est complexifié de par la multiplication des réseaux et groupes auxquels appartiennent les adolescents.

L’implication parentale joue un rôle influent, les jeunes voient souvent leurs parents comme des modèles ; ils développent en outre des intérêts communs. Les relations entre amis interviennent également via les échanges et les discussions.

La jeunesse a souvent une culture commune qui renvoie à l’image d’une communauté, les jeunes s’approprient des marques (vêtements, produit alimentaire) ou adoptent des comportements de groupes (défis, jeux cap ou pas cap) pour prouver qu’ils font partie d’un même groupe, alors qu’en grandissant on cherche plus à s’identifier personnellement. Par contre les adolescents agissent différemment ou en synergie selon leurs normes culturelles, leur parcours social, on peut remarquer que l’éducation familiale et scolaire ont une influence indéniable sur les choix des adolescents. Les goûts des adolescents sont alors à double sens : à la fois des facteurs d‘affirmation de soi et des facteurs d’intégration à « la norme ».

  • Les problèmes comportementaux

Les adolescents ayant connu des problèmes de comportement lors de leur études secondaires connaissent un passage à l’âge adulte plus difficile et complexe. La transition à la vie adulte est alors une période de fragilité où les problèmes de santé mentale peuvent décupler ; ils peuvent développer au cycle secondaire des comportements antisociaux tels que la délinquance, la consommation de drogues… Ils présentent davantage de symptômes de dépression et d’anxiété et connaissent une augmentation croissante de troubles psychiques (suicide, prise de psychotropes, …). L’affect semble surtout toucher les jeunes filles puisque qu’elles présentent un cumul de symptômes intériorisés et extériorisés ajoutés à des préoccupations corporelles… « leur problématique est plus complexe et distincte que celle des garçons. Les filles semblent plus vulnérables ». De ce fait, des chercheurs en psychologie (cf: Julie Marcotte chercheur au Quebec, disponible sur:    www1.education.gouv.qc.ca/sections/prprs/pdf/prprsFiche32.pdf) ont relevé à quel point il est important d’agir au moment de la vie adulte émergente, ils préconisent le développement de formation continue sur les comportements développementaux des jeunes adultes afin de cibler les personnes fragiles et de leur apporter le soutien nécessaire.

 

La jeunesse face à la vie active

  • Les rites de passage

Les adolescents ont tendance à chercher leur autonomie au travers d’expériences, ils passent par des périodes d’essais, des moments symboliques, « les premières fois ». Néanmoins la manière traditionnelle d’entrer dans l’âge adulte via les rites de passage a changé : les rites sont toujours présents mais ont perdu leur fonctionnalité. Les rites de passage qui organisaient le processus de passage à l’âge adulte se sont atténués et ont laissé place à une transition plus progressive faite de paliers réversibles, désynchronisés et discontinus. Comme l’a observé Cécile Van de Velde, le passage à l’âge adulte s’apparente de plus en plus à une dynamique incertaine faite d’allers et retours. Auparavant les rites avaient une « valeur d’initiation à la société et au fonctionnement social » c’était un destin inévitable que l’on ne choisissait pas (première communion, service militaire, mariage…). Néanmoins il existe encore de nos jours une multiplicité de rites liés à la jeunesse constituant un « moment d’apprentissage de la société, d’intégration de nouveaux réseaux, d’initiation aux fondements de la société ». Les rites d’initiation regroupent entre autres l’obtention du permis de conduire, la fin des études, le premier appartement… Et enfin le mariage qui est vu comme une préparation à la position sociale avec le transfert du domicile parental à la maison commune avec son conjoint. La société est donc caractérisée par les rites de passage dans laquelle la domination matérielle et symbolique des générations ainées est nette. La conception de la jeunesse n’est plus perçue comme un état mais plutôt comme un double parcours « qui conduit de l’école au travail, d’une part, et de la famille d’origine à la famille de procréation, d’autre part. » (voir Michel Bozon, des rites de passage aux premières fois. Une expérimentation sans fins). Toutefois la multiplicité des stades d’acquisition de l’âge adulte fait que l’on a perdu le pouvoir de séparation distinct des classes d’âge, car ils sont émaillés de nombreuses « fausses routes » et retour en arrière ce qui conduit à une très grande diversification des trajectoires juvéniles.

mariage (image de Benoit Champagne, disponible sur le site flickr)-https://www.flickr.com/search/?l=commderiv&q=mariage

  • Le retour des jeunes chez leurs parents

Le retour des jeunes chez leurs parents est un phénomène transnational de grande ampleur. Aujourd’hui, du fait du prolongement des études, on assiste à un retard de l’entrée dans la vie adulte : c’est le phénomène appelé « tanguy » ou encore « génération boomerang ». Le fait est que depuis 2000, l’âge moyen du départ est passé de 20 à 27ans. Les jeunes adultes retournent désormais chez leurs parents puisqu’ils y sont contraints, ils prennent un « billet qui devient rapidement un billet aller-retour » (Sandra Gaviria, Génération boomerang : devenir adulte autrement). Leur motivation est essentiellement causée par un échec dans la trajectoire sociale ou conjugale : un licenciement, la fin des études, le besoin de soutien affectif, une rupture amoureuse, …   Le syndrome de Peter Pan (Goldscheider, 1997), développé par le psychanalyste Dan Killey, décrit un ensemble de symptômes qui induisent un refus de devenir adulte et la volonté de vivre bercé par la douceur du monde de l’enfance. Ces personnes n’ont qu’une seule volonté : être transparents pour ne pas avoir à assumer les tracas du quotidien et les responsabilités associées. On note également une inégalité entre les pays du Nord et du Sud : le Sud compte moins d’émancipation. Ceci s’explique par le fait que c’est dans les pays du Nord qu’on aide financièrement les jeunes, qu’on les pousse à s’assumer le plus tôt possible, qu’on leur propose des petits boulots par exemple.

Les explications éventuelles à ces problèmes

  • Le chômage

« Dans tous les pays d’Europe ce sont les entrants sur le marché, donc les plus jeunes, qui sont le plus touchés par la crise. » On dénombre 20% des jeunes de moins de vingt ans touchés par le chômage dans l’Union Européenne (source : EUROSTAT)

Depuis 2010, la Commission européenne a introduit un nouvel indicateur, les « NEET » qui permet de mieux comprendre la situation des jeunes sans activité c’est-à-dire ceux qui ne travaillent pas et qui ne détiennent ni diplôme ni formation, ni stage. Les résultats sont effrayant : ils seraient près de 1,9 Million en France. C’est la crise économique qui a provoqué l’accentuation de ce phénomène dévastateur. Par ailleurs le recul du passage à l’âge adulte semble être dû à l’allongement de la durée des études ; le diplôme d’études secondaires n’est plus suffisant pour obtenir un emploi mais semble tout de même protéger en partie du chômage, de ce fait les études s’allongent. Les possibilités d’intégrer le marché du travail sont rares et n’offrent que des contrats précaires. (CDI, intérim, …). Certains parlent alors de « génération sacrifiée » pour caractériser ces jeunes en galère.

  • L’impact de la scolarisation

Actuellement nous recevons trois éducations différentes ou contraires : celle de nos pères, celle de nos maîtres, celle du monde, l’école n’a plus le monopole. La culture juvénile n’est plus guère structurée par des formes ritualisées mais organisée selon les trajectoires choisies. Le cadre scolaire produit une standardisation, des transitions, sans rites bien soutenus. Les normes collectives au sein du système scolaire forment les relations avec les pairs, il existe des privilèges culturels (Bourdieu & Passeron, 1964, 1970) une discrimination socioculturelle , la culture de masse favorise les élèves des milieux déjà favorisés, comme le montre le choix, socialement et culturellement différencié, des lectures de journaux, des émissions de radio et de télévision (Tap et al., 1976, p. 173) – d’après un responsable de France Culture  « Nous cultivons les gens cultivés ».

  • L’intervention omniprésente de l’État

Dans la vie adulte, c’est bien plus la société que la famille qui donne les limites et les exigences. Cécile Van de Velde a construit une typologie d’expériences : quatre façons de devenir adulte dans quatre pays différents. Les Danois vivent leur jeunesse comme un temps d’exploration et d’expérimentation ils cherchent à se découvrir ; les britanniques tentent de s’assumer, de rompre les liens avec la famille et de trouver un emploi ; les Français demeurent longtemps dépendants de leurs parents (notamment au niveau financier) et cherche à s’intégrer le plus vite possible en priorité par les études ; les Espagnols cherchent à partir de chez leurs parents et s’installer en couple. La France s’inscrit dans le modèle de l’autonomie résidentielle relative. Les expériences de la jeunesse détiennent certaines valeurs propres à chaque société. Les valeurs d’expérience et de savoir-faire ont laissé la place à celles d’adaptation et d’innovation créant ainsi de nouveaux rapports entre générations. C’est ce que l’on appelle la théorie de la légitimité : les goûts et les positions sociales différent en fonction des choix culturels, des influences parentales et de la socialisation mise en place. L’intervention de l’État et les cultures familiales structurent le mode d’entrée dans la vie adulte malgré tout : la liberté s’acquiert grâce à l’éducation, à l’identification des interdits fondamentaux, favorisant l’élaboration de la personnalité et de la vie sociale.

Conclusion…

Loin d’être un état durable, la jeunesse est un passage de construction identitaire. Les frontières entre classes d’âge sont là pour imposer les limites, produire un ordre auquel chacun doit se tenir. « La fragmentation croissante des expériences vécues par les jeunes conduit à une multiplication des parcours possibles. » (Evans et Furlong, 2000) L’adolescence forme un ensemble homogène qui au sein de ce groupe présente quelques points divergents, chaque personne étant unique. Chacun de nous est confronté à des bouleversements, des obstacles au cours de sa vie. La jeunesse apparait alors comme un passage spécial, entre deux, période pendant laquelle on n’est pas vraiment grand ni plus vraiment petit. C’est un système interdépendant entre les relations sociales, les transmissions familiales, les sociabilités juvéniles, les insertions scolaires, une période on l’on est très influençable mais aussi pendant laquelle notre intellect fonctionne au maximum. Pour conclure nous pouvons dire que la jeunesse est une période fondamentale dans la construction de la personne puisque les décisions prises à ce stade de la vie sont déterminantes pour la suite d’un parcours notamment au niveau de l’autonomie, de l’indépendance, de l’émancipation sociale, des responsabilités. La jeunesse se révèle alors constructive et nécessaire.

 

BOURRE Clémence et BARBIER Mélanie

 

Bibliographie

  1. Sylvain Aquatias- « se différencier ou se conformer : enjeux de la recherche en sociologie sur les cultures juvéniles, enjeux des cultures juvéniles.. »- Nouvelles perspectives en sciences sociales- vol 8 N°1 2012 P.83-117, consulté le 02 décembre 2017. http://www.erudit.org/revue/npss/2012/v8/n1/1013919ar.

  2. Christian Baudelot, « Cécile Van de Velde, Devenir Adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe », lectures (en ligne), Les comptes rendus, 2008, mis en ligne le 04 juin 2008, consulté le 19 décembre 2017. Disponible sur : URL : http://journals.openedition.org/lectures/593

  3. Big Browser, « La jeunesse actuelle a-t-elle envie de devenir adulte ? », Blog Le Monde, paru le 27 décembre 2014, consulté le 10 décembre 2017, disponible sur Bigbrowser.blog.lemonde.fr

  4. Bozon Michel. Des rites de passage aux « premières fois ». Une expérimentation sans fins. In : Agora débats/jeunesses, 28, 2002. Rites et seuils, passages et continuités. Pp. 22-33 ; doi : 10.3406/agora.2002.1973.                                                                                                                                     disponible sur: http://www.persee.fr/doc/agora_1268-5666_2002_num_28_1_1973 

  5. Sandra Gaviria– « La génération boomerang : devenir adulte autrement »- SociologieS (en ligne) – Théories et recherches- mis en ligne le 07/03/2016, consulté le 24 novembre 2017. disponible sur : http://sociologies.revues.org/5212

  6. Nicolas Joirnet- Les lois de la réputation, De la reconnaissance à la notoriété, Sciences humaines n°278, paru le 01/01/2016

  7. Larour Laurence, Des jeunes « Tanguy » « Boomerangs » ou « sacrifiés », L’Eco n°309 ( Périodique) ,12/02/2016, p.2-3

  8. Julie Marcotte, Le passage à l’âge adulte : les trajectoires des jeunes ayant eu des problèmes de comportements (en ligne). Québec, consulté le 10 décembre 2017. disponible sur : www1.education.gouv.qc.ca/sections/prprs/pdf/prprsFiche32.pdf

  9. Martinache Igor, « La jeunesse n’est-elle qu’un mot ? », Alternatives économiques n°345, article périodique, 01/04/2015, p.78-81

  10. Piron, F. (1993). Être jeune, devenir adulte : analyses et témoignages d’adolescents et adolescentes de Québec. Nouvelles pratiques sociales, 6(2), 107–124, consulté le 13 décembre 2017. doi:10.7202/301229ar                    
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2 Responses to Le passage de l’adolescence à l’âge adulte

  1. btsenil says:

    Votre sujet est très intéressant d’autant plus qu’il n’est pas facile d’expliquer et de définir ce qu’est réellement la jeunesse et le passage de l’adolescence à l’âge adulte et je suis étonné de constater que les rites de passages ont vraiment évolués ( je ne pensais pas qu’ils avaient autant changés ).
    LOCATELLI Clarisse

  2. btsenil says:

    Votre article est complet et il est d’autant plus intéressant à le lire. Vous avez visualisé tous les axes de votre sujet. En effet, le passage de l’adolescence à l’âge adulte est une étape importante de la vie, car c’est à cette période que l’on se construit, qu’on se cherche et qu’on devient la véritable personne que l’on est. C’est un moment à ne pas négliger.
    WAWRZYNIAK Julien