Les jeunes et la discrimination en milieu scolaire

Le terme discrimination vient du mot latin discriminis, signifiant « séparation ». A l’origine neutre, il prend une connotation péjorative lorsqu’il concerne un sujet d’ordre social. Il désigne le fait de séparer et traiter un individu / groupe d’individus différemment par rapport à un ensemble plus large, souvent moins bien. Cette discrimination est fondée sur un critère prohibé par la loi : le sexe, l’origine, l’apparence physique, l’état de santé ou handicap, l’orientation sexuelle, la situation de la famille… Si cette « distinction » prend la forme d’une violence de nature physique ou verbale, et est répétitive, on parle alors de harcèlement discriminatoire.                                                                                                                                                      

C’est dans les établissements scolaires que la discrimination est la plus présente et la plus dévastatrice. Elle peut causer des conséquences plus ou moins graves, à court terme comme à long terme. Nous allons donc nous demander en quoi la discrimination envers les jeunes dans les établissements scolaires se répercute-t-elle sur leur future vie sociale et professionnelle ?

 

La discrimination à l’école

Le harcèlement peut procéder de différentes façons, sur différentes caractéristiques, chez des victimes diverses. Dans la cour d’école, les discriminations ont parfois des conséquences dramatiques, qui peuvent aller d’une gêne, d’un mal être, à des dépressions et des tentatives de suicide. Le harcèlement peut être physique (se faire pousser, taper), verbale (intimidation, insultes, menaces) ou indirecte (se faire manipuler).

 

En 2013, Matteo, un collégien de Bourg-Saint-Maurice victime de harcèlement scolaire, se suicide au domicile de ses parents. Pour quelle raison ? Être roux. Le jeune homme a eu ces derniers mots dans une vidéo YouTube : « Il y a aussi la discrimination, oui je le crie fort, j’en ai beaucoup souffert, mais il n’y a pas que moi. La vie est une lutte, il faut résister »

A l’école, il ne fait pas bon d’être trop différent

Selon un rapport confidentiel que Le Monde s’est procuré, en matière de racisme, d’antisémitisme et de xénophobie, on constate « une prise de conscience progressive, mais une banalisation des injures et des actes ». A l’adolescence, la quête identitaire est très forte. C’est une période fondamentale dans le développement physique et mental de l’individu et de la transition entre l’enfance et la vie d’adulte. C’est aussi une période à risque, d’où le risque d’enclencher une dynamique pernicieuse qui entraine exclusion, stigmatisation et harcèlement envers ceux qui sont différents.

 

Dans la cour de récréation, Pierre subit les moqueries et les bousculades de trois de ses « camarades » de classe depuis plusieurs mois. Il mange moins, dort mal, mais ne dit rien, pensant ainsi pouvoir s’intégrer… Mais il est stressé. Et les conséquences de ce harcèlement sur son développement ainsi que sur sa santé psychique et physique pourraient être graves.

 

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Pseudonyme : Superuser – Harcèlement à l’école : le gouvernement se ridiculise encore [caricature] – Actuchomage – publié le 26 janvier 2012 [consulté le 04/01/18] – Disponible sur : http://www.actuchomage.org/forum/index.php?f=6&t=55642&rb_v=viewtopic&start=45

 

« 1 jeune sur 10 est victime de harcèlement scolaire », de l’ordre de 700 000 élèves d’après la dernière enquête menée en 2015 par la Direction de l’évaluation, la prospective et la performance. Et cela touche n’importe quel type d’élève, que ce soit son niveau scolaire, son apparence physique, sa couleur de cheveux.                                                                                                                                                                                                                                                A l’école, le harcèlement débute généralement vers le CE2. D’après l’UNICEF et l’Observatoire International de la Violence à l’Ecole, 12% des écoliers de CE2, CM1 et CM2 sont victimes de harcèlement, dont 3 % de harcèlement sévère. Au collège, 10 % des enfants sont victimes de harcèlement, dont 7 % de harcèlement sévère. Au lycée, 3,4 % des élèves sont victimes de harcèlement. Les chiffres diminuent avec le temps. Il est à noter que le cyber-harcèlement touche 4,5 % des collégiens.

Selon Nicole Catheline, auteure du livre « Le harcèlement scolaire », les garçons sont plus nombreux que les filles à être agresseurs, mais ces dernières sont plus affectées par le harcèlement, surtout s’il s’est déroulé pendant l’enfance. Un enfant harcelé en primaire a 4 fois plus de chances d’avoir un comportement suicidaire au cours de son adolescence, et de faire de la dépression à l’âge adulte. Les personnes ayant subi un mauvais traitement entre 8 et 10 ans courent plus de risques de présenter des syndromes psychotiques par incapacité à agir socialement et par dégradation de l’image de soi.

 

Ses répercussions sur la santé physique et mentale

Conséquences à court, moyen et long terme

Les conséquences de la discrimination peuvent être d’ordre scolaire, sociale, physique ou psychologique.

A court terme (6 premiers mois) :

  • Des difficultés scolaires (absentéisme, chute des notes, problèmes de concentration, décrochage), voir une déscolarisation
  • Un isolement relationnel, qui perturbe le développement des compétences scolaires, sociales
  • L’impression d’être abandonné, par ses camarades et le corps enseignant (qui poussera la victime à se renfermer sur elle)

A moyen terme (2 ou 3 ans après) :

  • Stress, maux de ventre ou de tête avant d’aller en cours, perte de confiance en soi, dépression
  • Troubles du métabolisme : anorexie, boulimie, faiblesse du système immunitaire, sommeil perturbé
  • Troubles du comportement : violence, idées suicidaires

A long terme (5 ans et la vie durant) :

  • Troubles psychiques : dépression, tentatives de suicide, addiction
  • Troubles de la socialisation : phobie sociale ; une faible estime de soi, une vulnérabilité relationnelle, peuvent entraîner des difficultés d’adaptation dans le contexte relationnel et professionnel.

 

Stress chronique, syndrome post-harcèlement à l’âge adulte…

Le harcèlement pendant l’enfance et l’adolescence est une forme de stress chronique chez la victime. Il résulte d’une exposition prolongée et répétée à des situations provoquant du stress. Il affaiblit le corps et l’esprit, il peut mener à des problèmes de santé (fatigue, dépression, troubles du sommeil, alimentaire…). L’organisme n’arrive plus à retrouver un état normal, d’équilibre. Les taux de certains hormones et neuromédiateurs peuvent s’en trouver perturbés, et conduire à des maladies (inflammation des tissus, maladies cardio-vasculaires…).

Tous ces troubles vécus par les enfants victimes de leurs camarades, sur une longue période, pourrait même avoir un effet sur leurs gènes. On parle d’épigénétique, discipline qui s’intéresse à la modulation des gènes sous l’influence de facteurs environnementaux. Ceci pourrait expliquer la persistance des séquelles pendant des décennies.

 

Des recherches menées par Ellen Walser deLara, thérapiste à l’Université de Syracuse dans l’Etat de New York, mettent en évidence l’impact des conséquences du harcèlement à l’âge adulte. Celle-ci a interviewé plus de 800 personnes âgées de 18 à 65 ans et a pu définir un groupe de symptômes, nommé APBS (syndrome post-harcèlement à l’âge adulte).                                                                                                                                                                         Elle estime que globalement, plus d’un tiers des personnes qui ont été harcelées sont affectées par ce syndrome. Cependant, il s’agit pour l‘instant d’une théorie et non d’un diagnostic précis.De plus, selon elle on peut rapprocher le APBS du PTSD (syndrome de stress post-traumatique), retrouvé chez des personnes ayant subi des expériences très traumatisantes, comme la maltraitance.

« Ce type de séquelles persistantes a déjà été démontré pour les victimes de maltraitance. Il n’est pas surprenant de parvenir aux mêmes observations pour le harcèlement scolaire », estime le pr Louis Jehel, chef du service de psychiatrie du CHU de Martinique.

 

Des possibles conséquences « bénéfiques »

La thérapiste Ellen Walser deLara citée auparavant, s’est aperçue que les victimes de harcèlement pourraient en tirer des « bénéfices ». Elle a pu observer que 47% des patients qu’elle a suivi ont développé un sentiment de force intérieur, d’indépendance, une plus grande empathie ou un fort désir de réussir leur vie, à chaque fois en lien avec l’expérience douloureuse qu’ils ont vécu.

 

Reconstruction de soi et prévention

Certaines victimes de ce genre de sévices arrivent à se reconstruire, d’autres non…

Christophe Lemaitre, champion d’Europe d’athlétisme, a été interviewé par Le Figaro en 2013.                                                                                             Durant ces années de collège, il a été victime de harcèlement moral sur son physique : « J’ai de grands doigts, je zozote un peu… […] À la base, j’étais réservé, dans mon monde. Ça ne m’a pas aidé à m’ouvrir aux autres. Il n’y a pas eu trop de conséquences sur ma scolarité. J’étais un élève lambda. »   Puis il est entré au lycée, dans une autre ville, où personne ne le connaissait – « j’ai commencé le sport. Et forcément, quand on fait des performances, les gens vous voient autrement. J’ai commencé à avoir confiance. »

Autre témoignage d’une femme victime de harcèlement scolaire, sous le pseudonyme de « elween », publié sur le magazine féminin en ligne madmoiZelle : « En sixième, les brimades sont devenues quotidiennes à cause de deux filles qui ont fait de moi leur bouc émissaire. » « elle [l’année de sixième] a détruit mon estime de moi, elle m’a enlevé une grande partie de ma joie de vivre et m’a donné plus d’une fois l’envie de mourir pour que tout s’arrête. » « Aujourd’hui, je vais mieux mais tout est loin d’être réglé. Ma dépression est guérie, je peux dire merci à ma fille chérie qui m’a enfin redonné goût à la vie. L’anorexie est plus ou moins en rémission. Mon estime de moi n’est toujours pas terrible, même si j’ai appris à le cacher. Je reste une personne anxieuse qui évite au maximum les situations angoissantes. »

Les conséquences du harcèlement sont également visibles chez les auteurs, dont on parle moins mais qui en souffre aussi : difficultés scolaires, comportements délinquants, violences familiales… Il existe une forte corrélation entre le fait de maltraiter ses camarades à l’école et de connaitre des problèmes avec la loi à l’âge adulte. Les témoins de harcèlement peuvent également être touchés, le fait de voir mais ne rien faire peut faire naitre un sentiment de culpabilité.

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Popelin Pascal – S’attaquer concrètement à la violence à l’école [photographie] – In Blogger [en ligne] – publié le mercredi 26 septembre 2012 [consulté le 04/01/18] – Disponible sur : http://pascalpopelin.blogspot.fr/2012/09/

Ne pas garder le silence…

La grande majorité des victimes de harcèlement choisissent de garder le silence. Elles ont trop honte pour le dire à leur entourage, ne veulent pas les inquiéter ou ne veulent pas renvoyer l’image d’une personne faible. Bien souvent, les victimes n’arrivent pas à se défendre, sont seules, sans amis, ce qui accentue d’autant plus la souffrance.                                                                                                                                                                                                                    La victime peut se sentir coupable ; si ses camarades s’en prennent à elle, peut-être qu’il y a une raison. La victime peut être amenée à se persuader qu’elle est elle-même le problème, donc à accepter cette situation, qu’elle n’évoquera pas à son entourage. On suppose que la gravité des conséquences présentes à l’âge adulte est proportionnelle à la souffrance restée silencieuse pendant l’enfance.

D’après le professeur Louis Jehel du CHU de Martinique : « On observe les conséquences les plus importantes chez les enfants qui ont tu leur harcèlement ou qui ont peu bénéficié du support familial et éducatif qui aurait pu les aider à développer des stratégies de lutte contre l’adversité ».

 

L’école doit apprendre à repérer les enfants harcelés

Toutes ces petites agressions discriminantes ne sont pas nécessairement graves lorsqu’elles sont prises isolément, mais peuvent devenir préoccupantes prises ensemble, parce que répétées.

Pour prévenir et lutter contre le harcèlement, des mesures ont été appliquées dans les établissements scolaires. De nombreuses campagnes de prévention sont mises en place, pour inciter les jeunes victimes ou témoins de discrimination à en parler. « Les enseignants, les parents et les législateurs doivent avoir conscience que ce qui se passe dans la cour d’école peut avoir des répercussions à long terme pour ces enfants » affirme le Pr Louise Arseneault, psychiatre et chercheur au King’s College à Londres.

Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre de l’Education nationale, avait mis en place des outils pour mieux détecter le harcèlement, comme des formations pour enseignants, une journée de sensibilisation ou encore un prix « Mobilisons-nous contre le harcèlement ».

 

Pour conclure

Devenues adultes, les personnes victimes de harcèlement à l’école ont plus de risques d’avoir des problèmes de santé physique, mentale, voir financiers, que les autres. Ces risques peuvent mettent en péril leur vie sociale et professionnelle. Le harcèlement scolaire ne doit pas être pris à la légère. Il peut être perçu comme de simples chamailleries entre camarades par le corps enseignant, mais cacher en vérité quelque chose de bien plus grave, qui pourrait entrainer de lourdes conséquences.

 

Le harcèlement scolaire est de plus en plus décelé et combattu. Mais une nouvelle forme apparait, dû à l’émergence des TIC (Technologies de l’information et de la Communication) et NTIC (N pour Nouvelle) : le harcèlement virtuel ou cyber-harcèlement. Il est plus diffus, plus difficile à combattre et sera un des enjeux majeurs de prévention dans les années à venir.

 

MALOU Enzo et HUSY Julia

Bibliographie

 

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4 Responses to Les jeunes et la discrimination en milieu scolaire

  1. btsenil says:

    Votre article est bien structuré et très pertinent.
    Je trouve qu’il s’agit d’un thème trop peu abordé et pourtant très (trop) important dans notre société actuelle. Le harcèlement est un problème qui touche beaucoup de jeunes et ceux-ci se retrouvent délaissés et sans aucune aide extérieure. Il est parfois dur de sortir du harcèlement ou même d’en parler, et cela peut vous suivre durant de longues années et même engendrer, comme vous le dites, le suicide.
    Votre article présente bien toutes les facettes du problèmes et il est agencé de manière logique.
    AEBISCHER Alison

  2. btsenil says:

    Votre article « les jeunes et la discrimination en milieu scolaire » est un sujet qui s’inscrit dans un contexte d’actualité et de société. En effet la discrimination par notamment le harcèlement est un mal qui touche les jeunes aujourd’hui. Il laisse démunis aussi bien les victimes que leur famille (Référence à Marion, suicide à 13 ans victime d’harcèlement à son collège). C’est un sujet très grave qui ne doit laisser personne indifférent.
    Votre article est très pertinent, logique dans les arguments. Il emploie les bons mots pour justifier ce problème de société. De bonnes informations qui repose sur une argumentation fondée. Bravo à vous.

    TIROLE Bérénice

  3. GROELY Léa says:

    Votre article  » Les jeunes et la discrimination en milieu scolaire » est un sujet très intéressant et je trouves que de nos jours nous ne portons pas assez d’importance au harcèlement. Votre article est bien structuré, les exemples soulignent bien les idées que vous souhaitez transmettre, les images sont pertinentes par rapport au sujet abordé. Je trouves que votre article se lit facilement et qui repose sur une argumentation fondée.

  4. btsenil says:

    Votre article est très complet, les situations de harcèlement sont bien décrites, identifiées et leurs conséquences ( que je ne pensais pas si nombreuses ) très bien détaillées. Je regrette, néanmoins qu’il n’y ait pas plus d’information sur les moyens de se reconstruire après une situation de discrimination. Seul le sport est clairement avancé comme solution.
    Le fait d’aider les autres n’est que sous entendu par la mère dont l’enfant à « redonné goût à la vie ». A mon avis, la production artistique, la méditation, les travaux d’intérêt public sont des activités qui peuvent permettre aux victimes de reprendre confiance en elle.
    BARRERE Yann