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La mode et le luxe : Mauvais élèves du développement durable

L’industrie de la mode jetable (ou fast fashion) séduit les consommateurs par les petits prix et la vitesse de renouvellement des produits. Or, les impacts socio-environnementaux sont catastrophiques à l’échelle mondiale et il est urgent d’agir.

Montagna, G. (2021, 28 mai). Textiles [Photographie]. Flickr

La fast fashion, actrice principale du désastre environnemental

La fast fashion

 La mode jetable ou plus communément appelée « fast fashion » est en plein essor. Elle correspond au renouvellement des collections massive et intensive. Le but des marques étant de minimiser le coût de production, et de réduire les délais d’approvisionnement. S’appuyant sur ce rythme de production, certaines enseignes renouvellent leurs collections toutes les 2 semaines, comme Zara, renouvelant ses rayons 24 fois chaque année.

En plus, d’après l’ADEME (agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie) dans son analyse de la fast fashion, l’industrie textile est le 3ème secteur le plus consommateur d’eau dans le monde et 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre sont émis chaque année, correspondant à la fabrication et au transport. Elle représente 10% des émissions de gaz à effets de serre dans le monde. C’est plus que l’aviation et le transport maritimes réunis. D’ailleurs, avec le rythme actuel de consommation, la filière pourrait avoir une emprunte carbone de plus de 26% d’ici 2050 !

Le problème écologique

Le coton est la matière la plus utilisée au monde. Elle adore consommer des pesticides et a besoin d’énormément d’eau, au point d’être responsable de l’assèchement de la mer d’Aral, quatrième plus grand lac du monde. Aussi, on estime que la conception d’un seul jean nécessite l’équivalent de 50 baignoires. Quand on pense que 6 milliards de jean sont fabriqués chaque année…

NASA. (2014, 30 septembre). A comparison of the Aral Sea in 1989 (left) and 2014 (right). [Images satellites]. Wikimedia Commons.

De plus, la conception nécessite des traitements chimiques comme des colorants, des acides qui finissent dans la nature. Lors d’une expédition en 2016, les équipes Greenpeace ont retrouvé des substances chimiques (PFC) dans des endroits isolés de la planète. Mais les produits chimiques sont plus efficaces que les produits écologiques, alors pourquoi changer dirait-on ?

Enfin, il faut inclure le transport. Un jean passant du champ de coton au magasin peut parcourir jusqu’à 1,5 fois le tour de la planète, sans parler de l’entretien des articles et de l’incinération.

Un autre exemple de l’article du 1 hebdo : le polyester. Cette matière dérivée du pétrole est beaucoup utilisée en industrie. 45 millions de tonnes sont produites chaque année. Les fibres synthétiques, non biodégradables, se détachent au lavage et trop petites pour être filtrées dans les stations d’épurations. Nous rejetons dans l’eau l’équivalent de 50 milliards de bouteilles en plastique.

Conséquences invisibles

Invisible aux yeux des consommateurs

Le succès de la vente en ligne depuis la pandémie permet la possibilité de retour du vêtement et de remboursement. Or, une journaliste Finlandaise Jessica STOLZMANN, y a mis en évidence le poids écologique, en cachant des puces GPS dans des articles envoyés dans des centres de « management du retour » en Pologne et en Estonie. Puis ces articles sont soit donnés, soit revendus hors de l’Europe ou détruits dans des centres de gestions des déchets peu encadrés. Les marques ne connaissent pas la destination finale du produit, personne n’est alors tenu pour responsable.

En Europe, 3 milliards de colis environs sont retournés dans ces centres chaque année, et leur empreinte écologique est proportionnelle à la consommation d’une ville moyenne européenne.

En outre, la majorité de la production vendue aujourd’hui en France vient d’Asie du Sud Est, où la main d’œuvre est exploitée. Surtout les femmes, ayant un salaire moindre. Au Bangladesh, les ouvrières sont payées 0,32 dollars l’heure, le plus faible taux horaire du monde. Dans un rapport de l’ONG Human Rights Watch, les violations du droit du travail sont déplorées et des ouvrières sont exploitées depuis leur domicile au Pakistan, échappant ainsi à la réglementation du droit du travail.

L’exploitation infantile est aussi d’actualité. Selon l’Organisation Internationale du Travail, 79 millions d’enfants de 5 à 17 ans travaillent à temps plein, avec des amplitudes de 64 heures par semaines pour 30 euros par mois. Enfin, on estime que dans le sud de l’Inde, 50000 jeunes filles sont forcées de travailler dans ses usines.

Nouvelle façon de penser mode ?

Mais d’après l’OXFAM France, le drame qui a été le plus révélateur pour les consommateurs est l’effondrement du Rana Plaza le 24 avril 2013, dans la banlieue de Dacca au Bangladesh. L’immeuble abritait les industries du textile, le bilan humain est catastrophique : 1138 ouvriers sont décédés et 2500 ont été blessés. C’est le plus grave accident de l’industrie de textile ; Ce qui a mis en lumière les conditions de travail déplorables. Depuis, les questions sécuritaires ont évolué, mais cela reste insuffisant.

Rijans. (2013, 13 mai). Dhakar Savar Building Collapse [Photographie]. Flickr.

La prise de conscience a été tardive. Comment peut-on l’expliquer ?

Franck Aggeri, professeur de management dans une école d’ingénieur de Paris, a fait deux hypothèses :

  • La première étant l’invisibilité de ces impacts pour les consommateurs occidentaux, car pour chaque consommateur, les impacts paraissent faibles à première vue.
  • La deuxième est que ces pollutions sont réparties sur tout le cycle de vie du produit. On peut aussi y ajouter le fait que ces pollutions se déplacent avec les délocalisations vers des pays à bas coûts

Va-t-on vers une mode plus éthique ?

Pour contrer la fast fashion, il faudrait adopter une nouvelle stratégie permettant de meilleure condition de travail et fabriquer des vêtements dit « écoresponsables », c’est le but de la slow fashion 

Les engagements de la mode et des consommateurs

Pour Fleur Burlet, les consommateurs sont de plus en plus préoccupés par l’environnement et la transparence des marques. Ils cherchent des alternatives de consommation. Certains font du troc (s’échangent des vêtements) ou optent pour de la seconde main.

De plus, en 2014, Li Edelkoort publie « Anti-Fashion: a Manifesto for the Next Decade », un manifeste pointant les échecs de l’industrie de la mode. D’ailleurs une campagne appelée « Who made my clothes ? » a vu le jour sur les réseaux sociaux en 2017. A travers le monde, des consommateurs prennent en photo l’étiquette et l’envoie à la marque en demandant « qui a fabriqué mon vêtement ? » et les marques, inondés sont obligées de jouer le jeu.

Concrètement, comment l’Etat peut agir ? En 2020, la France a inscrit la loi circulaire, luttant contre le gaspillage des produits non alimentaire. Et les marques de fast fashion dans tout ça, s’engagent avec des objectifs précis selon Emily Chan : en Europe, Mango s’est engagé à ce que 50% de coton soit issu de filières durables d’ici 2022. Pour cela, ils ont signé la Better Cotton Initiative pour atteindre cet objectif. Autre exemple en Asie avec Uniqlo qui s’engage à réduire l’usage de plastique à usage unique de 85% d’ici fin de l’année 2020. Ils passent des sacs en plastiques aux sacs en papier. Un bon pas pour l’écologie.

Initiatives du luxe

D’après la présidente de Fashion Revolution France, Catherine Dauriac, les jeunes créateurs innovent pour l’environnement. Comme Bananatex, issu comme son nom l’indique de la banane et qui est biodégradable.

D’autres marques s’engagent. Martine Valo explique que pour Kering, (regroupant Saint Laurent, Gucci, Balenciaga et d’autres) le bilan de 2020 est encourageant : ils comptent sur des mesures d’innovations technologiques et de compensation comme restaurer la forêt après une extraction d’or en Guyane pour atteindre les objectifs de développement durable.

De plus, Claire Touzard affirme que les marques de luxe s’associent à des acteurs du développement durable. Par exemple chez BSR, Elisa Niemtzow accompagne Chanel, Kering ou encore LVMH pour faire face aux enjeux actuels. Les entreprises se réunissent pour agir ensemble.

Nouveauté dans le luxe d’après Sophie Abriat : l’upcycling, consistant à faire du neuf avec de vieux vêtements. Même si le luxe n’a pas l’air associable avec le recyclage selon une spécialiste de la mode, Marie Schiele, Louis Vuitton ose, avec une collection masculine printemps-été 2021 comprenant 25 looks issus de collections précédentes et des pièces upcyclées comme des sneakers montants de l’été 2019 transformées en baskets basses par le directeur artistique Virgil Abloh.

Dernière initiative du gouvernement, « le fashion pact ». Créé en août 2019 sous l’initiative d’Emmanuel Macron et présenté par Le PDG de Kering, il a été signé par 147 marques de mode et de luxe (comme Nike, Hermès…). Avec trois objectifs : lutter contre le changement climatique, restaurer la biodiversité, et protéger les océans.

Mais d’après Franck Aggeri, Le pacte laisse de côté un aspect crucial au problème de la fast fashion, qui est l’accélération du rythme de renouvellement des produits.

Pour conclure

L’impact de la fast fashion est non seulement environnementale avec l’épuisement de nos ressources mais aussi social (en créant des inégalités…) et cela pèse sur la planète.

Il y a eu une prise de conscience de la part des consommateurs, de l’Etat et des industriels. Face à ce problème que posent les industries, certains consommateurs prennent des initiatives à leur échelle, suivi par les marques, qui prennent en compte les besoins de la planète.

Par POIDEVIN Pauline

Bibliographie

  • Burlet, Fleur. La mode est morte, vive le vêtement. Les Inrockuptibles n°1162, 07/03/2018, p.52-57. ISSN 0298-3788
  • H&M, Zara, Primark.. : comment la mode se fout du monde. “Les dessous de la mode”. Le 1 n°369, 20/10/2021, p. 5. ISSN 2272-9690
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Le cacao : un mets savoureux et désastreux

Photo prise le jeudi 07 Février et publiée le 22 décembre 2020 par Eva Elijas
(site internet : Pexel)
https://www.pexels.com/fr-fr/photo/nourriture-gens-cafe-espace-6261690/

Aujourd’hui le chocolat est un produit disponible partout dans nos supermarchés et à la portée de tous. Noir, au lait, blanc, en tablette à partager, ou sous format individuel, le chocolat est à notre époque un produit décliné sous diverses formes et très abordable. Cependant cela n’a pas toujours été le cas. En effet, les premières cultures de cacaoyer en Mésoamérique remontent à il y a 2000 ans, où les Mayas et les Aztèques consommaient le cacao, en boissons chocolatées amères, très loin du chocolat actuel additionné de sucre. Grâce à sa rareté, ces civilisations précolombiennes s’en servaient également de monnaie d’échange puisque c’était un produit de distinction ou encore d’offrande pour leurs dieux. Mais durant le colonialisme du XVIème siècle, le conquistador Hernan Cortès, débarque et s’empare de la fève qui régalera petits et grands jusqu’à aujourd’hui. 

Afin de répondre à l’engouement de l’aristocratie et de la bourgeoisie pour les boissons à base de cacao, des monocultures sont créées dans des pays colonisés tels que la Côte d’Ivoire ou encore le Ghana car ils répondent aux critères environnementaux de la  culture des cacaoyers. Plus tard, accélérée par la révolution industrielle du XIXème siècle, le chocolat se démocratise, et l’industrie chocolatière élabore une large gamme de produits sous lesquels le chocolat est porposé. On peut donc se demander : en quoi l’évolution de la consommation de chocolat reflète-t-elle le mode de consommation des sociétés modernes en Europe ?

Pour répondre à cette question, nous verrons dans une première partie quels sont les enjeux économiques liés à la consommation et à la production de chocolat. Puis nous évoquerons les différents problèmes qu’elle fait émerger. Et enfin nous présenterons les initiatives mises en place pour lutter contre les problèmes liés à la consommation de chocolat.

Des chocolats à la St-Valentin, est-ce un larcin ?

Le marché du cacao, un marché asymétrique

Actuellement, l’Afrique de l’Ouest concentre les trois quarts de la production mondiale de cacao et c’est la Côte d’Ivoire qui est le leader mondial dans ce domaine, car elle produit à elle seule 40 % du cacao mondial, suivi par le Ghana, loin devant l’Amérique (17 %), et l’Asie (15 %). Ces pays producteurs de cacao constituent ce qu’on appelle la “ceinture du cacao”.

Malgré cela, ce sont seulement six grandes multinationales (Mars, Nestlé, Ferrero, Mondelez Hershey’s, Lindt & Sprüngli et Barry Callebaut ) qui transforment plus de 40 % du cacao produit dans le monde.

« Répartition de 40% du commerce de cacao mondial »
https://www.youtube.com/watch?v=VJYy8k62JuE, publiée le 20 novembre 2021

Le marché mondial du chocolat est florissant, car il représente 7 millions de tonnes vendues par an et si l’on prend l’exemple du salon du chocolat qui s’est déroulé à Paris en 2017, on estime que le chiffre d’affaires total s’élève à 3280 millions d’euros.  Or de nombreuses enquêtes ont dénoncé l’envers du décor de ce marché très lucratif pesant plus de 100 milliards de dollars et dont tout juste 6 % reviendraient aux producteurs. Seules quelques multinationales engrangent des profits mirobolants alors que les petits producteurs peinent à vivre décemment.

Prenons pour exemple la répartition des profits générés par le commerce du chocolat :

  • 44% reviennent à la vente au détail,
  • 35% reviennent au fabricant,
  • 8% pour le broyage et la transformation,
  • 4% pour les taxes et le marketing,
  • 2% pour le transport et le négoce,
  • Et seulement 7% reviennent aux cacaoculteurs.

En 2019, le prix d’achat du cacao au kilo en conventionnel était d’environ 750 francs CFA ce qui correspond à 1,10 €, contre 825 francs CFA soit 1,25 € pour le chocolat équitable auquel il faut ajouter une prime de 30 francs CFA pour la coopérative. De plus, comme il n’existe pas de barème minimum sur ce marché pour l‘achat de la fève de cacao aux producteurs, le prix fluctue constamment en fonction de l’offre et de la demande.

On constate que le marché des fèves de cacao est marqué par de fortes disparités entre les pays producteurs du Sud et les pays consommateurs qui sont principalement des pays du Nord. Le marché du cacao est donc asymétrique entre les petits producteurs et les grandes firmes qui contrôlent l’ensemble de la chaîne de production du chocolat.

L’amour des Européens pour le chocolat

Chaque année, c’est environ 3 millions de tonnes de chocolat qui sont engloutis dans le monde, dont 60 % sont consommés en Europe. Et c’est l’Union Européenne qui est le premier importateur, fabricant et consommateur de chocolat dans le monde. Par exemple, 11 kilos de chocolat sont consommés par personne et par an en Suisse, contre 7 kilos pour la France (cinquième plus grande consommatrice de chocolat dans le monde et septième plus grosse importatrice mondiale de fèves de cacao). Le chocolat demeure le péché mignon des Français avec près de 378 850 tonnes vendues en 2017 et près de 70 % de ce chocolat est vendu dans les grandes surfaces.

 Cependant, Il existe des périodes dans l’année ou les ventes de produits à base de chocolat sont naturellement portées par les fêtes ( Pâques et  Noël), qui représentent à elles seules 12.4 % du chiffre d’affaires annuel, avec 60 % des ventes qui s’effectuent sur la période de décembre.

Fin de partie pour la tablette ?

Depuis que les conquistadors ont rapporté l’or brun du Mexique, le cacao est devenu un produit phare de la mondialisation. Ce marché est lucratif et très fermé, car contrôlé uniquement par quelques multinationales au détriment des pays producteurs. On voit un nouveau problème émerger : la diminution de l’offre des fèves de cacao. En effet, les prévisions sont mauvaises car  les industriels anticipent une possible baisse de l’offre de fèves due à un vieillissement des plantations avec des rendements qui stagnent, voire qui décroissent. Enfin, avec le réchauffement climatique, les scientifiques estiment que la fin du chocolat pourrait intervenir vers 2050.

L’Afrique de l’Ouest est-elle suffisamment défrichée ?

Pas d’arbres pas de chocolat 

Comme nous l’avons vu précédemment, la culture du cacao date de plusieurs siècles. Cette ancienneté des plantations a un impact environnemental direct sur les régions de culture et plus globalement sur le climat. En effet, le cacaoyer vieillit plus vite que les planteurs et la monoculture précipite de surcroît le vieillissement des arbres. Ce décalage dans le temps pousse les cultivateurs à défricher des terrains pour y planter de nouveaux arbres et ainsi assurer leur production de cacao. 

Ces dernières décennies ce “cycle de vie” imposé par les cacaoyers a été la principale raison de la déforestation de masse en Afrique de l’Ouest, notamment en Côte d’Ivoire et au Ghana, les deux premiers pays assurant la production mondiale de cacao. En moins de trente ans 85 % des forêts tropicales de la Côte d’Ivoire, soit  13 millions d’hectares de forêts ont été rayées de la carte. De cette déforestation massive découlent de grandes conséquences environnementales, en l’occurrence un appauvrissement des sols, des dérèglements climatiques, l’effondrement de la faune et de la flore locale et la menace des 8 réserves naturelles que compte la Côte d’Ivoire. De ces différents constats résulte un paradoxe : l’éléphant, symbole de la Côte d’Ivoire, est sur le point de s’éteindre. Son habitat étant détruit au profit de cultures nécessaires à l’approvisionnement du pays en richesses indispensables à sa survie.

Photo importée le 22 février 2016 par Pixabay
(site internet : Pexel)
https://www.pexels.com/fr-fr/photo/homme-cueillant-des-fruits-de-cacao-jaune-50707/

L’or brun c’est salissant

S’ajoutent à l’impact environnemental de lourdes conséquences sociétales. A présent,  la Côte d’Ivoire produit 40 % du cacao mondial et cette production représente une part essentielle du PIB ivoirien (14 %).

La Côte d’Ivoire a donc longtemps privilégié cette culture rémunératrice du cacao. Néanmoins les profits dus au produit de la culture ivoirienne sont répartis de façon très inéquitable. De nombreuses enquêtes ont démontré que sur les 100 milliards de dollars que pèse le marché du cacao, seulement 7 % reviennent aux producteurs. Il faut rappeler que six grandes multinationales se partagent la plus grosse part du marché (40 %). Cette énorme disparité dans la répartition des profits est à l’origine de problèmes sociétaux chez les producteurs. Ces derniers ne sont pas suffisamment rémunérés pour permettre à leurs plantations de perdurer et sont contraints d’avoir recours à des méthodes immorales pour se fournir de la main d’œuvre à bas coût. Dans les plantations de cacao, en moyenne un cultivateur gagne moins d’un dollar par jour, sans parler du travail forcé et de l’esclavage d’enfants qui y est encore d’usage. Chez des familles de cultivateurs les parents ne sont pas suffisamment payés pour pouvoir nourrir et envoyer leurs enfants à l’école, alors ces derniers sont embauchés pour subvenir comme leurs parents aux besoins de la famille. De plus, un trafic d’enfants sévit en Côte d’Ivoire. Des enfants de pays limitrophes plus pauvres sont recrutés de force pour travailler dans les plantations, alors que le travail d’enfant y est illégal. France Info indique qu’ils seraient jusqu’à un million d’enfants à trimer dans les plantations de cacao. 

Et si on desserrait la ceinture du cacao ?

Aux soins de l’homme

Pour pallier les impacts environnementaux, sociétaux, et économiques liés au marché du cacao des projets sont en cours et des initiatives ont été mises en place.

En 2008, la SCEB (Société Coopérative Équitable du Bandama) a été créée pour aider les producteurs à devenir détenteurs de la certification biologique et équitable. Cette certification leur confère un pouvoir de négociation sur le prix de vente du cacao qui sans cela est complètement tributaire des fluctuations et du bon vouloir des multinationales qui se chargent de transformer le cacao et de revendre des produits de gammes variées. 

Le nombre de coopératives pratiquant le commerce équitable est en constante augmentation mais il représente encore une goutte d’eau comparé à la production annuelle de Côte d’Ivoire. 

Consciente de son statut de premier producteur mondial, la Côte d’Ivoire n’hésite plus à imposer une hausse des prix d’achat du cacao et le paiement d’une prime de 400 dollars par tonne de cacao pour que les producteurs soient décemment rémunérés. 

A terme, régler la question du revenu mettrait fin aux déviances qui gangrènent les cultures de cacao comme le travail forcé, et l’esclavage d’enfants.

Il faut savoir qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Auparavant, les caisses de stabilisation ivoiriennes donnaient aux producteurs de cacao un pouvoir de négociation sur le prix d’achat du cacao. Malheureusement, ces caisses de stabilisation ont été dissoutes en 1999 par perte et profit.

« Enfants cultivateurs dans les plantations de cacao »
publiée sur Arte.TV et YouTube le 20 novembre 2021
https://www.youtube.com/watch?v=VJYy8k62JuE

Aux soins de l’arbre

L’agriculture biologique quant à elle permettrait d’amoindrir l’impact environnemental déjà bien avancé. Dans ce cas présent, un mode d’agriculture moins agressif empêcherait l’appauvrissement précipité des sols, la déforestation de masse légale ou non, la perte de la flore et de la faune locale et enfin l’émission de CO2 responsable de dérèglements climatiques. Concernant la déforestation, la stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI https://www.deforestationimportee.fr/fr/la-sndi-2) s’est fixée pour objectif de stopper la déforestation d’ici 2030. Pour la Côte d’Ivoire, il est essentiel d’œuvrer dans le but de refertiliser les sols car d’autres pays souhaitent devenir producteurs de cacao. Sachant que la Côte d’Ivoire a déjà sacrifié plus de 85 % de ses forêts tropicales pour ce commerce, voir d’autres pays se l’approprier serait un désastre économique et humain pour le pays.

La France agit également dans ce sens. Le mardi 5 octobre 2021, elle a lancé une initiative pour “un cacao plus durable”. Cette initiative réunit les entreprises de la filière du chocolat, les pouvoirs publics, les ONG pour lutter contre la déforestation, le travail forcé d’adultes et d’enfants, et la rémunération indécente des cultivateurs. Les objectifs sont de supprimer l’achat de cacao issu de la déforestation ainsi que le travail d’enfants d’ici 2025 et de faire en sorte que les revenus des cacaoculteurs atteignent un montant correct d’ici 2030.

Retour aux sources 

A propos des solutions envisageables en matière d’écologie pour le cacao, une étude belge publiée sur DailyScience fait part d’un retour à un mode de culture traditionnel moins agressif pour les sols : l’agroforesterie. Contrairement aux cultures intensives, l’agroforesterie consiste à cultiver plusieurs types d’essences en association avec le cacaoyer. Ce mode d’exploitation est plus durable. L’ombre apportée par les autres arbres protège le cacaoyer des maladies et accentue la rétention d’eau, soit empêche l’assèchement des sols. A cela s’ajoute une absorption plus importante du CO2 atmosphérique, ce qui est favorable au ralentissement de l’effet de serre. 

La reprise d’un mode de culture traditionnel constitue aussi un enjeu économique. En diversifiant les essences au sein de leurs plantations, les cultivateurs varient leurs sources de bénéfices. Progressivement, ces nouveaux apports de revenus permettraient aux cultivateurs de devenir moins dépendants du marché du cacao qui règne en maître en Afrique de l’Ouest.

Conclusion 

Il ressort de cette analyse que la transformation du cacao et la consommation de chocolat se concentrent essentiellement dans les pays au Nord du globe, notamment l’Amérique du Nord, les pays de l’Union Européenne, ainsi que l’Asie et l’Inde en moindre part.

L’analyse démontre également que d’importantes disparités perdurent dans la répartition des profits générés par le commerce du cacao et du chocolat. Ces profits sont pour la plupart récoltés par des multinationales au détriment des petits producteurs, ce qui engendre des impacts environnementaux, sociétaux et économiques considérables. 

Cependant des initiatives pour pallier les effets néfastes du commerce du cacao sont en cours de réflexion ou déjà mises en œuvre sur le terrain. Pour l’heure, ces initiatives visant à rendre le marché du cacao plus durable et moins nocif concernent qu’une infime proportion des coopératives de cacaoculteurs. Mais cette proportion de cultures se tournant vers le commerce équitable et l’agriculture biologique ne cesse de croître. Reste à savoir si les objectifs fixés par les ONG, les industriels du chocolat et les autres acteurs de ce commerce seront respectés. 

En attendant cette version du commerce de cacao respectueuse de l’humain et de l’environnement, il reste un rôle à jouer. Les consommateurs sont de mieux en mieux informés sur la nature des produits qu’ils consomment et sur la manière dont ils sont élaborés. Il ne tient qu’à eux, à nous, de nous tourner vers des produits dont la conception répond aux critères des initiatives évoquées plus tôt. Il est aussi envisageable de s’intéresser de nouveau à l’achat de matières premières afin de réaliser soi-même ses produits chocolatés maison. A force de subir des transformations à outrance, le cacao se retrouve noyé dans une multitude d’ingrédients et d’additifs, parfois néfastes pour la santé, qui en altèrent la saveur plus qu’ils ne la subliment.

Peut-être est-il temps de redécouvrir le goût du cacao. Ce goût offert aux dieux Aztèques, jadis.

« Préparation de boisson à base de cacao chez les Aztèques » Photo tirée du livre « La nourriture des dieux : un récit populaire du cacao » de Brandon Head et publié dans le journal « L’âge de faire », en janvier 2020

Joséphine SCHNEUWLY et Valentine VIEILLE

Etudiantes en BTSA ANABIOTEC (Analyses agricoles biologiques et biotechnologiques ) à l’ENIL (Ecole Nationale d’Industrie Laitière) de Mamirolle (Besançon, 25)

Article publié le 4 janvier 2022

BIBLIOGRAPHIE :

 Claudia COHEN. Le chocolat, les Français en consomment plus de 7kg par an. Publié le 31/10/2018 à 05:30 sur le journal Le Figaro numéro 23084 [en ligne]. [Consulté le 28/12/2021]. Disponible sur :

https://www.lefigaro.fr/conso/2018/10/31/20010-20181031ARTFIG00004-chocolat-les-francais-en-consomment-plus-de-7kg-par-an.php

  • Camille Stassart.“Un cacao durable et éthique par le retour des pratiques traditionnelles” Publié le 10/09/2020 sur le site web Science Daily . [en ligne]. [Consulté le 28/12/2021]. Disponible sur :

  • Emission ARTE.  “Cacao : à qui profite le chocolat ? – le dessous des cartes”. Mis en ligne le 20 novembre 2021 sur Youtube par le compte “ARTE”. [En ligne]. Consulté le 01/01/2022. Disponible sur :
  • France 24, avec pour invité de l’émission Frédéric Amiel.  “Le cacao symbole de la mondialisation”. Publié le 24/12/2021 sur la plateforme “Youtube” [en ligne]. [Consulté le 28/12/2021]. Disponible sur :
  • Nicole Gellot (journaliste) / Fabien Ginisty (journaliste).  De la fève de cacao à la tablette de chocolat. Publié en janvier 2020, sur le journal Age de faire [en format papier ]. [Consulté le 28/12/2021]. Disponible dans les archives de l’ENIL. 
  • Non mentionné mais le  directeur de publication : Damien Coméliau.“La France lance à son tour une initiative sur le cacao durable” Publié le 5 octobre 2021 sur le site internet ID [en ligne].[Consulté le 28/12/2021]. Disponible sur :

https://www.linfodurable.fr/conso/la-france-lance-son-tour-une-initiative-sur-le-cacao-durable-28915

  • Non mentionné . Une initiative française pour un cacao durable. Publié le mardi 5 octobre 2021 sur le site du ministère de la transition écologique [en ligne]. [Consulté le 28/12/2021]. Disponible sur :

https://www.ecologie.gouv.fr/initiative-francaise-cacao-durable

  • Non mentionné (Directeur de la Rédaction : Nicolas BARRÉ). “Dissolution de la caisse ivoirienne de stabilisation des produits agricoles”  Publié le 22/01/1999 sur le journal LesEchos . [en ligne]. [Consulté le 28/12/2021]. Disponible sur :

https://www.lesechos.fr/1999/01/dissolution-de-la-caisse-ivoirienne-de-stabilisation-des-produits-agricoles-761759