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Consommer autrement

La mode et le luxe : Mauvais élèves du développement durable

L’industrie de la mode jetable (ou fast fashion) séduit les consommateurs par les petits prix et la vitesse de renouvellement des produits. Or, les impacts socio-environnementaux sont catastrophiques à l’échelle mondiale et il est urgent d’agir.

La fast fashion, actrice principale du désastre environnemental

La fast fashion

 La mode jetable ou plus communément appelée « fast fashion » est en plein essor. Elle correspond au renouvellement des collections massive et intensive. Le but des marques étant de minimiser le coût de production, et de réduire les délais d’approvisionnement. S’appuyant sur ce rythme de production, certaines enseignes renouvellent leurs collections toutes les 2 semaines, comme Zara, renouvelant ses rayons 24 fois chaque année.

En plus, d’après l’ADEME (agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie) dans son analyse de la fast fashion, l’industrie textile est le 3ème secteur le plus consommateur d’eau dans le monde et 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre sont émis chaque année, correspondant à la fabrication et au transport. Elle représente 10% des émissions de gaz à effets de serre dans le monde. C’est plus que l’aviation et le transport maritimes réunis. D’ailleurs, avec le rythme actuel de consommation, la filière pourrait avoir une emprunte carbone de plus de 26% d’ici 2050 !

Le problème écologique

Le coton est la matière la plus utilisée au monde. Elle adore consommer des pesticides et a besoin d’énormément d’eau, au point d’être responsable de l’assèchement de la mer d’Aral, quatrième plus grand lac du monde. Aussi, on estime que la conception d’un seul jean nécessite l’équivalent de 50 baignoires. Quand on pense que 6 milliards de jean sont fabriqués chaque année…

NASA. (2014, 30 septembre). A comparison of the Aral Sea in 1989 (left) and 2014 (right). [Images satellites]. Wikimedia Commons.

De plus, la conception nécessite des traitements chimiques comme des colorants, des acides qui finissent dans la nature. Lors d’une expédition en 2016, les équipes Greenpeace ont retrouvé des substances chimiques (PFC) dans des endroits isolés de la planète. Mais les produits chimiques sont plus efficaces que les produits écologiques, alors pourquoi changer dirait-on ?

Enfin, il faut inclure le transport. Un jean passant du champ de coton au magasin peut parcourir jusqu’à 1,5 fois le tour de la planète, sans parler de l’entretien des articles et de l’incinération.

Un autre exemple de l’article du 1 hebdo : le polyester. Cette matière dérivée du pétrole est beaucoup utilisée en industrie. 45 millions de tonnes sont produites chaque année. Les fibres synthétiques, non biodégradables, se détachent au lavage et trop petites pour être filtrées dans les stations d’épurations. Nous rejetons dans l’eau l’équivalent de 50 milliards de bouteilles en plastique.

Conséquences invisibles

Invisible aux yeux des consommateurs

Le succès de la vente en ligne depuis la pandémie permet la possibilité de retour du vêtement et de remboursement. Or, une journaliste Finlandaise Jessica STOLZMANN, y a mis en évidence le poids écologique, en cachant des puces GPS dans des articles envoyés dans des centres de « management du retour » en Pologne et en Estonie. Puis ces articles sont soit donnés, soit revendus hors de l’Europe ou détruits dans des centres de gestions des déchets peu encadrés. Les marques ne connaissent pas la destination finale du produit, personne n’est alors tenu pour responsable.

En Europe, 3 milliards de colis environs sont retournés dans ces centres chaque année, et leur empreinte écologique est proportionnelle à la consommation d’une ville moyenne européenne.

En outre, la majorité de la production vendue aujourd’hui en France vient d’Asie du Sud Est, où la main d’œuvre est exploitée. Surtout les femmes, ayant un salaire moindre. Au Bangladesh, les ouvrières sont payées 0,32 dollars l’heure, le plus faible taux horaire du monde. Dans un rapport de l’ONG Human Rights Watch, les violations du droit du travail sont déplorées et des ouvrières sont exploitées depuis leur domicile au Pakistan, échappant ainsi à la réglementation du droit du travail.

L’exploitation infantile est aussi d’actualité. Selon l’Organisation Internationale du Travail, 79 millions d’enfants de 5 à 17 ans travaillent à temps plein, avec des amplitudes de 64 heures par semaines pour 30 euros par mois. Enfin, on estime que dans le sud de l’Inde, 50000 jeunes filles sont forcées de travailler dans ses usines.

Nouvelle façon de penser mode ?

Mais d’après l’OXFAM France, le drame qui a été le plus révélateur pour les consommateurs est l’effondrement du Rana Plaza le 24 avril 2013, dans la banlieue de Dacca au Bangladesh. L’immeuble abritait les industries du textile, le bilan humain est catastrophique : 1138 ouvriers sont décédés et 2500 ont été blessés. C’est le plus grave accident de l’industrie de textile ; Ce qui a mis en lumière les conditions de travail déplorables. Depuis, les questions sécuritaires ont évolué, mais cela reste insuffisant.

Rijans. (2013, 13 mai). Dhakar Savar Building Collapse [Photographie]. Flickr.

La prise de conscience a été tardive. Comment peut-on l’expliquer ?

Franck Aggeri, professeur de management dans une école d’ingénieur de Paris, a fait deux hypothèses :

  • La première étant l’invisibilité de ces impacts pour les consommateurs occidentaux, car pour chaque consommateur, les impacts paraissent faibles à première vue.
  • La deuxième est que ces pollutions sont réparties sur tout le cycle de vie du produit. On peut aussi y ajouter le fait que ces pollutions se déplacent avec les délocalisations vers des pays à bas coûts

Va-t-on vers une mode plus éthique ?

Pour contrer la fast fashion, il faudrait adopter une nouvelle stratégie permettant de meilleure condition de travail et fabriquer des vêtements dit « écoresponsables », c’est le but de la slow fashion 

Les engagements de la mode et des consommateurs

Pour Fleur Burlet, les consommateurs sont de plus en plus préoccupés par l’environnement et la transparence des marques. Ils cherchent des alternatives de consommation. Certains font du troc (s’échangent des vêtements) ou optent pour de la seconde main.

De plus, en 2014, Li Edelkoort publie « Anti-Fashion: a Manifesto for the Next Decade », un manifeste pointant les échecs de l’industrie de la mode. D’ailleurs une campagne appelée « Who made my clothes ? » a vu le jour sur les réseaux sociaux en 2017. A travers le monde, des consommateurs prennent en photo l’étiquette et l’envoie à la marque en demandant « qui a fabriqué mon vêtement ? » et les marques, inondés sont obligées de jouer le jeu.

Concrètement, comment l’Etat peut agir ? En 2020, la France a inscrit la loi circulaire, luttant contre le gaspillage des produits non alimentaire. Et les marques de fast fashion dans tout ça, s’engagent avec des objectifs précis selon Emily Chan : en Europe, Mango s’est engagé à ce que 50% de coton soit issu de filières durables d’ici 2022. Pour cela, ils ont signé la Better Cotton Initiative pour atteindre cet objectif. Autre exemple en Asie avec Uniqlo qui s’engage à réduire l’usage de plastique à usage unique de 85% d’ici fin de l’année 2020. Ils passent des sacs en plastiques aux sacs en papier. Un bon pas pour l’écologie.

Initiatives du luxe

D’après la présidente de Fashion Revolution France, Catherine Dauriac, les jeunes créateurs innovent pour l’environnement. Comme Bananatex, issu comme son nom l’indique de la banane et qui est biodégradable.

D’autres marques s’engagent. Martine Valo explique que pour Kering, (regroupant Saint Laurent, Gucci, Balenciaga et d’autres) le bilan de 2020 est encourageant : ils comptent sur des mesures d’innovations technologiques et de compensation comme restaurer la forêt après une extraction d’or en Guyane pour atteindre les objectifs de développement durable.

De plus, Claire Touzard affirme que les marques de luxe s’associent à des acteurs du développement durable. Par exemple chez BSR, Elisa Niemtzow accompagne Chanel, Kering ou encore LVMH pour faire face aux enjeux actuels. Les entreprises se réunissent pour agir ensemble.

Nouveauté dans le luxe d’après Sophie Abriat : l’upcycling, consistant à faire du neuf avec de vieux vêtements. Même si le luxe n’a pas l’air associable avec le recyclage selon une spécialiste de la mode, Marie Schiele, Louis Vuitton ose, avec une collection masculine printemps-été 2021 comprenant 25 looks issus de collections précédentes et des pièces upcyclées comme des sneakers montants de l’été 2019 transformées en baskets basses par le directeur artistique Virgil Abloh.

Dernière initiative du gouvernement, « le fashion pact ». Créé en août 2019 sous l’initiative d’Emmanuel Macron et présenté par Le PDG de Kering, il a été signé par 147 marques de mode et de luxe (comme Nike, Hermès…). Avec trois objectifs : lutter contre le changement climatique, restaurer la biodiversité, et protéger les océans.

Mais d’après Franck Aggeri, Le pacte laisse de côté un aspect crucial au problème de la fast fashion, qui est l’accélération du rythme de renouvellement des produits.

Pour conclure

L’impact de la fast fashion est non seulement environnementale avec l’épuisement de nos ressources mais aussi social (en créant des inégalités…) et cela pèse sur la planète.

Il y a eu une prise de conscience de la part des consommateurs, de l’Etat et des industriels. Face à ce problème que posent les industries, certains consommateurs prennent des initiatives à leur échelle, suivi par les marques, qui prennent en compte les besoins de la planète.

Par POIDEVIN Pauline

Bibliographie

  • Burlet, Fleur. La mode est morte, vive le vêtement. Les Inrockuptibles n°1162, 07/03/2018, p.52-57. ISSN 0298-3788
  • H&M, Zara, Primark.. : comment la mode se fout du monde. “Les dessous de la mode”. Le 1 n°369, 20/10/2021, p. 5. ISSN 2272-9690

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