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Consommer autrement

Consommer durablement, un enjeu qui met la distribution en VRAC !

Avez-vous déjà entendu parler de Béa Johnson ? Cette Française vivant en Californie a atteint son objectif : pouvoir placer les déchets annuels de sa famille dans un bocal de moins d’un litre. Son action s’inscrit dans la démarche zéro-déchet que définit bien l’association Zero Waste France. 

Parmi les pratiques suivant cette démarche, il y a celle du vrac. D’après l’Agence de la transition écologique et Mes Courses pour la Planète, il s’agit d’un système de distribution qui propose à la vente des produits non préemballés, qui peuvent être achetés au poids ou au volume selon leur état. Ainsi, la vente en vrac se lie aux verbes Réduire et Réutiliser de la règle des cinq R, une règle servant de guide dans la démarche zéro-déchet. 

Même si le vrac est à la mode, c’est une manière de consommer qui n’est pas nouvelle. A l’époque de nos grands-parents et avant l’émergence des grandes surfaces en libre service, des emballages et de l’industrialisation du secteur agro-alimentaire, la vente en vrac était la seule possibilité. Avec les crises écologique et économique, ce mode de consommation est de retour.

Alors, dans une société se construisant autour du développement durable, on peut s’interroger sur la durabilité de l’achat en vrac en France et plus largement en Europe.

Le vrac est-il écologiquement soutenable ?

Selon l’ADEME (Agence de la transition écologique), chaque Français jette en moyenne 391 kg d’ordures ménagères chaque année dont ⅓ environ sont des déchets liés aux emballages.

Plus d’emballages ?

Plusieurs acteurs comme Réseau Vrac (association des professionnels du vrac) ou l’ADEME s’accordent sur un point : la vente en vrac permet de diminuer les emballages primaires c’est-à-dire ceux utilisés au point de vente par le client et les emballages secondaires c’est-à-dire ceux utilisés pour grouper les produits en magasin. En effet, ces emballages sont remplacés par des sachets en papier par exemple et les contenants comme les boîtes tupperware sont réutilisables par le consommateur pour ses achats ultérieurs. Une enquête de Réseau Vrac estime qu’environ 5 500 tonnes d’emballages pourraient être évitées dans l’Union Européenne en 2023 grâce aux magasins vrac. 

La réduction des emballages primaires et secondaires ne concerne pas seulement le secteur alimentaire. Par exemple, dans le domaine de la parfumerie, la marque Thierry Mugler a introduit une fontaine baptisée « La Source » pour ses deux parfums Angel et Alien. Elle permet au consommateur de recharger à l’infini son flacon ce qui aurait économisé plus d’un million et demi de flacons et d’étuis en 2010 selon l’ADEME.

Cependant, la vente en vrac ne supprime pas tous les emballages comme le rappelle le Conseil national de l’emballage, l’ADEME et Célia Rennesson, directrice de Réseau Vrac. En effet, il faut prendre en compte toute la chaîne de distribution. Il y a les emballages en amont c’est-à-dire ceux nécessaires pour transporter les produits du lieu de production jusqu’au magasin tels que les cartons. Dans un reportage de La Quotidienne, on observe à la quatrième minute et trente-septième seconde que la marchandise arrive dans des sacs plastiques même si les produits ne sont pas emballés dans le rayon vrac chez Auchan. Il y a également les emballages du système de distribution c’est-à-dire les silos, les bacs à pelle, les fontaines, … Il y a les contenants d’achats et de stockage comme les sachets en coton, les bocaux, les bidons, les bouteilles en verre, … Enfin il y a évidemment les emballages utilisés pour le transport entre le magasin et le domicile du consommateur. Pour Célia Rennesson, on peut encore faire des progrès dans la réduction des emballages entre le fournisseur et le magasin en s’intéressant aux flux logistiques.

Pour finir, les études ne permettent pas aujourd’hui de garantir que la diminution du poids des emballages primaires et secondaires n’est pas compensée par l’augmentation d’autres impacts sur l’environnement selon l’ADEME.

Les bénéfices environnementaux du vrac ne doivent pas seulement être évoqués au regard des emballages.

Une réduction de la pollution atmosphérique et des ressources ?

L’ADEME, Zero Waste Europe et Moïra Tourneur (responsable du plaidoyer chez Zero Waste France) se rejoignent sur le fait que la réutilisation des contenants permet de diminuer la consommation d’énergie et des ressources, de limiter les émissions de gaz à effet de serre associés à la production d’emballages et à leur valorisation en fin de vie. 

En effet, la réutilisation des emballages permet de compenser l’impact initial de leur fabrication comme l’extraction de nouvelles ressources selon Moïra. Il faut savoir que 50% des émissions de gaz à effet de serre sont dues aux industries extractives. De plus, Moïra ajoute que le nombre d’emballages à recycler est réduit grâce au réemploi ce qui évite les consommations d’eau et d’énergie associées au recyclage. 

Selon Zero Waste Europe, réseau européen visant l’élimination des déchets dans notre société, la réutilisation des emballages en verre diminue de 85% les émissions de gaz à effet de serre par rapport à leurs équivalents à usage unique.

Pour donner un exemple concret de l’ADEME, la marque Kenzo a choisi de distribuer son parfum Flower via des fontaines ce qui donne l’occasion au consommateur de recharger son flacon vide en magasin. Cette initiative aurait permis de réduire de 47% les émissions de gaz à effet de serre, de 35% la consommation d’énergie et de 36% l’utilisation des ressources par rapport au conditionnement habituel.

En prenant en compte ces informations avantageuses pour l’environnement, on peut également s’intéresser à l’impact du vrac sur le gaspillage alimentaire et ses éventuelles pertes.

Qu’en est-il des effets du vrac sur le gaspillage alimentaire et des pertes ?

Concernant le gaspillage alimentaire, les opinions sont diverses. Selon l’ADEME et Sylvie Lavabre, journaliste chez LSA, la vente en vrac réduit le gaspillage alimentaire car elle permet au client de se servir ou d’être servi avec des quantités voulues. De plus, elle évite aux consommateurs de stocker inutilement dans leurs placards.

Néanmoins Jan Lemoux, qui est directeur prévention d’Eco-Emballages, n’est pas tout à fait de cet avis. D’après lui, l’absence d’emballages pour les produits vendus en vrac peut faire augmenter le gaspillage alimentaire car ce manque peut induire une mauvaise conservation des produits.

Au niveau des pertes, l’ADEME explique qu’elles peuvent exister à cause du vol ou de la maladresse des clients en faisant tomber leurs produits ce qui participe au gaspillage. Sylvie Lavabre ajoute que les contenants des marchandises en vrac n’ont pas toujours la bonne ergonomie ce qui engendre parfois des pertes.

Cependant il manque des données d’études pour affirmer ces dires.

Enfin, Frédéric Yu qui est responsable des achats Self-Discount chez Auchan pense que la perte de produits en rayon est énorme et qu’elle pourrait être une limite du système vrac.

Après avoir évoqué la vente en vrac selon un axe environnemental, il faut considérer l’axe économique du développement durable. 

Un mode de consommation économiquement efficace ?

Selon l’ADEME, le prix de l’emballage représente en général 5 à 20% du prix total du prix payé par le consommateur.

Le vrac est-il en marche ?

De manière générale, de nombreux d’acteurs sont d’accord sur un point : le marché du vrac est en plein essor et cela depuis 2015. Par exemple, dans une synthèse de Réseau Vrac sur les commerces spécialisés vrac montrant une carte de France avec le nombre de commerces vrac dans chaque région, on dénombrait 55 magasins en Auvergne Rhône-Alpes, 43 magasins en Pays de La Loire, 41 en Occitanie et 39 dans les Haut-de-France en 2019. Réseau vrac parle même de boom des commerces spécialisés vrac. En effet, il y avait 22 commerces vrac en France à la fin de l’année 2015 alors qu’on en comptait 385 fin 2019. Ainsi leur nombre d’ouverture a été multiplié par 9 en quatre ans.

D’après Nadine Bayle, journaliste expérimentée chez Le Monde, les ventes en vrac explosent notamment dans les magasins bio.

De plus, elle explique que l’écosystème du vrac composé de commerçants, producteurs, ingénieurs ou logisticiens attire les start-up. Par exemple, la PME Jean Bouteille située à Lille crée des modèles de fontaines pour produits liquides avec des capteurs. Olivier Dauvers, journaliste et éditeur français spécialisé dans la grande distribution, ajoute que les grandes enseignes de la distribution s’intéressent depuis quelques années au vrac. Elles permettent ainsi de démocratiser ce mode de consommation. Le marché du vrac favorise aussi le circuit court d’après Réseau Vrac : il a été démontré que plus la distance entre les magasins et leurs fournisseurs diminue, plus la marchandise est vendue. Ainsi le vrac permet de soutenir l’économie locale. Toujours selon Réseau Vrac, 61% des commerçants vrac choisissent des produits locaux ou français en priorité dans leur gamme de produits pour la vente.

Selon Elodie Gros Désir, journaliste pour E-marketing, la distribution sans emballages pour les produits secs comme le café en grain de Nescafé séduit davantage les Français car ce sont des produits qui ont été en premier introduit par le vrac donc ils sont habituels et mieux acceptés. Elle explique aussi que le marché pour les produits ménagers est attractif pour les marques. Cependant, tous les secteurs ne sont pas encore acceptés par les acheteurs dans le marché du vrac. C’est le cas de la bière. L’enthousiasme a été limité lors de l’introduction du distributeur de bière à pression de Heineken et Gallia car il préoccupait les consommateurs : comment verser plus de bière que de mousse ? Comment gérer la conservation ?

Concernant les marques, Célia Rennesson évoque le fait qu’elles s’intéressent au vrac mais elles sont freinées dans ce marché car elles perdent leur marketing sans la présence des emballages. En effet, comme le rappelle Nadine Bayle, les marques sont intimement liées aux emballages. Néanmoins certaines font sans comme la marque britannique Lush qui n’utilise quasiment pas de packaging depuis 1995. Le vrac interroge tout de même sur les moyens à déployer pour attirer les clients devant des produits vendus sans emballage comme l’explique La Rédaction de E-marketing.

Devant la pleine croissance du marché vrac, l’ADEME reste sceptique. La vente en vrac ne détient que des parts de marché limitées même si celles-ci sont plus importantes dans les secteurs où le vrac n’a pas disparu. Par exemple, le secteur des fruits et légumes, celui de la charcuterie et de la boucherie. La Rédaction de E-marketing ajoute que même si l’on trouve des rayons vrac dans la grande distribution, la consommation de produits emballés reste le modèle dominant en France. Enfin, la vente en vrac interroge sur le flux en magasin : il risque de créer de longues files d’attentes aux balances pour peser les produits en autonomie, ce qui pourrait irriter les clients.

Après ce bilan sur le marché du vrac, il convient de considérer son chiffre d’affaires et les coûts.

Quand les chiffres parlent !

L’ADEME, Réseau Vrac et Nadine Bayle s’accordent pour dire que le chiffre d’affaires de la distribution en vrac ne cesse d’augmenter ces dix dernières années en France et en Europe et cela malgré la covid. Cette tendance devrait continuer en ce sens. En effet, plusieurs chiffres peuvent le prouver. Par exemple, dans une infographie de l’ADEME, on peut voir que le chiffre d’affaires du vrac en France passe de 100 millions d’euros à 1,3 milliard d’euros de 2013 à 2020 et il est estimé à 3,2 milliards d’euros en 2022. Une enquête de Réseau Vrac illustre également cet essor du chiffre d’affaires : les ventes en vrac devraient rapporter environ 1,2 milliard d’euros en 2030 et dans un scénario optimal plus de 3,5 milliards d’euros.

Néanmoins Yann Germain, qui est directeur France du marché vrac chez Auchan, souligne que « la difficulté est de développer assez de chiffre d’affaires. Il faut deux à trois ans pour trouver sa clientèle sans promotion, juste par le bouche-à-oreille ».

Quant aux prix pour les consommateurs, le vrac permet de réaliser des économies selon Elodie Gros-Désir, Moïra Tourneur et Sylvie Lavabre car les produits vendus sans emballages sont 5% à 30% moins chers à qualité comparable avec des produits emballés. De plus, les prix du vrac sont 10% à 45% réduits selon l’ADEME. Ceci grâce à la suppression des coûts des emballages, des intermédiaires et du marketing. Mais aussi grâce à l’échantillonnage des produits ce qui permet aux clients d’acheter uniquement les ingrédients dont ils ont besoin donc de mieux maîtriser leur budget. Par exemple, en Alsace, les bières et les eaux vendues dans des bouteilles consignées en grande surface sont jusqu’à 20% moins chères que leurs équivalents avec emballage à usage unique. De plus, les taxes d’ordures ménagères sont moindres si le consommateur achète en vrac, rappelle Célia Rennesson. Frédéric Yu souligne également que le vrac peut proposer des prix très compétitifs et plus bas par rapport au préemballé. Il s’appuie sur le fait que le rayon Self-Discount chez Auchan propose des produits alimentaires en vrac à des prix discount et régulièrement les moins chers du magasin.

Cependant, des avis contradictoires existent. Olivier Dauvers explique que les produits vendus en vrac sont en général plus haut de gamme que les produits préemballés conventionnels et il ajoute dans une émission de La Quotidienne qu’il y a peu de premiers prix dans le marché du vrac, excepté dans l’enseigne Auchan. Selon lui, il faut donc avoir les moyens pour acheter en vrac. 

Il y a également Nadine Bayle qui pense que les produits vendus en vrac ne sont pas nécessairement moins chers que les produits préemballés même si pour le consommateur un produit sans emballage doit l’être. Elle ajoute que des produits en vrac peuvent être plus chers que les mêmes produits empaquetés. Selon elle, le consommateur peut donc être arnaqué en achetant en vrac.

L’ADEME nuance les propos en expliquant que l’intérêt économique et le coût réel de la mise en place du vrac pour les fabricants et distributeurs n’est pas assez connu. Elle évoque aussi le fait que même si les produits en vrac sont vendus aux consommateurs à des prix attractifs, ces réductions semblent dans certains cas résulter d’efforts fournis par les distributeurs qui réduisent leurs marges.

Enfin, la rédaction d’E-marketing accentue le fait que le vrac suppose des investissements lourds pour les distributeurs à cause du réaménagement des points de vente avec du mobilier adapté et du matériel spécifique.

La vente en vrac est donc plus ou moins attractive selon les acteurs. Et qu’en est-il de l’offre ?

Une offre de produits variée ?

Réseau Vrac et le reportage dans La Quotidienne se rejoignent sur une idée : les offres des produits vendus en vrac sont nombreuses malgré le lait et le beurre qui sont difficiles à trouver en magasins mais qui peuvent être achetés au marché. La diversité des offres permet aux consommateurs de faire la majorité de leurs courses. En effet, 90% des commerces vrac vendent des produits d’épicerie sèche, des cosmétiques, des détergents, des accessoires et 60% proposent des fruits et légumes d’après Réseau Vrac.

Ce dernier, avec l’ADEME et Célia Rennesson, évoque le fait que l’offre se développe. En effet, en 2020 les produits d’épicerie sèche tels que les amandes, les oléagineux, le riz, les pâtes, les céréales, les graines, … étaient majoritaires et l’on peut maintenant trouver des produits d’entretien, des huiles, du vinaigre, des croquettes pour animaux, du vin et des produits cosmétiques en vrac. Ils ajoutent que l’offre doit continuer de se diversifier pour tous les types de produits. En effet, d’après l’Obsoco (l’Observatoire société et consommation), les Français ne retrouvent pas en vrac tous les produits emballés qu’ils consomment déjà.

De plus, il existe des freins économiques. Célia Rennesson explique que pour diversifier les offres de produits vendus en vrac, il faut beaucoup d’investissements. Par exemple, les machines pour réfrigérer les produits fragiles comme les yaourts coûtent chères.

Sylvie Lavabre et David Sutrat, cofondateur de la chaîne d’épicerie en vrac Day by Day en France, restent prudents dans leurs propos en disant que l’offre du vrac est encore limitée. Pour David Sutrat, 

« À l’exclusion du frais, seuls 30% du panier moyen sont disponibles en vrac ». Sylvie Lavabre ajoute que seulement ⅓ des produits vrac sont bio. Selon elle, le vrac joue actuellement le second rôle c’est-à-dire qu’il est perçu comme un commerce de dépannage ou un lieu de découverte.

L’offre des produits vendus sans emballage n’est pas le seul paramètre économique à prendre en compte. Évoquons à la suite la main d’œuvre.

Besoin de bras ?

C’est un fait constaté par la Commission européenne, Réseau Vrac, Sylvie Lavabre et Nadine Bayle : le marché du vrac demande de la main d’œuvre. Cependant, selon les points de vue, la distribution en vrac est bénéfique ou ne l’est pas.

Selon une enquête de Réseau Vrac, le premier salarié est embauché rapidement après l’ouverture d’un commerce vrac et le nombre d’emplois liés au marché du vrac a augmenté ces dix dernières années en Europe. Par exemple, le nombre de salariés employés a doublé entre 2016 et 2018 en France. Moïra Tourneur ajoute que la réutilisation des emballages permet de créer des emplois non délocalisables. Réseau VRac estime également qu’il y aura 10 000 emplois en moyenne dans les magasins vrac en 2023 à l’échelle en Europe et la Commission européenne juge que le recours à la consigne pourrait créer 27 000 emplois en Allemagne. Tous ces chiffres sont donc encourageants.

Cependant, le besoin de main d’œuvre dans le modèle économique du vrac pour Sylvie Lavabre et Olivier Dauvers se veut relativement néfaste. En effet, il faut plus de logistique et de bras pour aider les clients à se servir, pour la surveillance, pour la manutention et le nettoyage qui demandent aussi plus de temps. Selon Didier Onraita, président et cofondateur de Day by Day, ses magasins emploient deux fois plus de personnels qu’un point de vente bio et trois fois plus qu’une grande surface pour remplir et nettoyer les silos, pour assister les clients et peser la marchandise.

Comme le rappelle la rédaction d’E-marketing, un autre aspect est à considérer : le vrac demande l’acquisition de nouvelles compétences pour le personnel en magasin car la gestion d’un rayon vrac est différente de celle d’un rayon traditionnel. Par exemple, il faut savoir gérer les stocks, gérer la traçabilité des produits et gérer l’hygiène.

Après avoir évoqué le marché du vrac selon différentes perspectives économiques, nous pouvons nous soucier de ses aspects sociaux et sanitaires. 

Une distribution socialement équitable et sanitairement viable ?

Quels profils pour acheter en vrac ?

Pour plusieurs acteurs comme Sylvie Lavabre, Elodie Gros-Désir et le cabinet d’étude Kantar (leader mondial de la data, des études et du conseil), la vente en vrac est une pratique qui séduit tous les âges, autrement dit qui s’étend à tous les profils de consommateurs. Sylvie Lavabre précise que le vrac fidélise une clientèle diverse composée de jeunes car ils veulent agir ou parce qu’ils ont des contraintes budgétaires, composée de militants écologistes, de partisans du bien-manger car ils recherchent des produits de qualité, composée de personnes sensibles au bio, de familles car les parents veulent éduquer leurs enfants et composée de personnes âgées car elles sont nostalgiques des commerces d’autrefois. Elodie Gros-désir ajoute que les premiers acheteurs de produits vrac sont les jeunes de 18 à 34 ans qui représentent une part de 65% et l’Obsoco explique que les foyers aisés adoptent davantage l’achat en vrac.

Au niveau du profil des commerçants, Réseau Vrac informe à la page quatre de sa synthèse qu’il y a une majorité de femmes et beaucoup sont parents. En effet, 80% des commerçants sont des femmes, 20% sont des hommes et 70% sont des parents. Réseau Vrac montre également qu’une grande partie des commerçants est en reconversion professionnelle à travers ses chiffres : 96% des commerçants vrac interrogés ont effectué une reconversion.

Après l’étude des profils et notamment celui des consommateurs, il est légitime de se demander s’il est aisé pour eux d’avoir accès à des magasins proposant du vrac sur leur territoire.

Facile d’accès ?

Beaucoup d’acteurs comme l’ADEME, Nadine Bayle, Sylvie Lavabre ou Laura Caniot (chargée de mission chez Zero Waste et présidente de Réseau Vrac) constatent le même phénomène : l’accès aux circuits de distribution vrac se développe en France. En effet, d’après Laura Caniot, « il y a déjà une quarantaine de magasins vrac ouverts en France et plus de 350 porteurs de projets ». Sylvie Lavabre évoque le fait que l’on trouve beaucoup de boutique indépendantes vrac au nom évocateurs ces dernières années comme O Bocaux à Bordeaux, Mme Bocal & M Vrac à Cholet, Dose de sens à Nantes, Le Verre doseur à Vannes, Lou’vrac en Ardèches et Au P’tit Poids en Alsace.

En Italie, la vente en vrac dans les petits commerces de proximité est très présente d’après l’ADEME. Il est possible d’y acheter une grande variété de produits comme du lait cru ou des détergents.

L’accès aux lieux de distribution en vrac se diversifie également. Par exemple, selon l’ADEME, 71% des grandes et moyennes surfaces ont un rayon vrac en 2020, 88% des magasins spécialisés bio ont un rayon vrac la même année et il y a 22 épiceries spécialisées en vrac en 2015 contre 528 en 2020. Toujours selon l’ADEME, on trouve désormais du vrac dans les pharmacies, dans les magasins de beauté, dans le e-commerce et en drive. Nadine Bayle rappelle aussi que les épiceries proposant de la vente en vrac peuvent être sédentaires, itinérantes dans les marchés ou sur Internet. Sylvie Lavabre ajoute qu’une trentaine d’hypermarchés proposent du vrac comme Biocoop, Auchan ou Carrefour.

De plus, Réseau Vrac indique qu’il y a encore beaucoup d’opportunités d’implantation pour les porteurs de projet vrac.

En France métropolitaine, Réseau Vrac comptait au moins 15 commerces vrac dans chaque région le 31 décembre 2019, qu’ils soient fixes ou ambulants. 

Néanmoins, il existe des inégalités territoriales. En effet, une enquête de Réseau Vrac estime que 74% des commerces vrac sont situés dans les centres villes et 6% sont situés dans les villages et zones rurales. 

La densité des commerces vrac est aussi différente selon les régions. Réseau Vrac indique qu’elle est avantageuse dans les pays de l’Ouest comme en Bretagne et en Pays de la Loire et l’est moins en Occitanie ou Ile de France. Dans son rapport sur les commerces spécialisés vrac page deux, Réseau Vrac montre cette disparité régionale grâce aux chiffres suivants : en Bretagne et Pays de la Loire il y a 1 commerce vrac pour 95 000 habitants alors qu’en Ile de France il y a 1 commerce vrac pour 350 000 habitants.

L’ADEME explique même que la vente en vrac n’est pas encore assez développée car elle ne représente qu’une faible partie des ventes totales de produits. Pour cette agence, la distribution en vrac en est au stade d’initiative et dans un nombre limité de magasins. Elle nuance tout de même ses propos en indiquant que Auchan, Carrefour, Leclerc, Les Mousquetaires, Système U, Monoprix et Casino ont au moins un magasin en France qui teste la vente en vrac via un rayon dédié ou une machine automatique.

Après ces approches sociales, nous pouvons élargir rapidement le sujet aux aspects sanitaires de la vente en vrac.

Et l’hygiène, on en parle ?

D’après l’ADEME, la suppression de l’emballage qui protège les produits et les conserve peut poser des questions de l’ordre sanitaire. Les risques sont variables selon le type de produit. En effet, ils sont faibles pour les fruits, les légumes, les produits alimentaires secs, les détergents et les parfums. En revanche, ils sont plus élevés au niveau des contaminations microbiologiques et toxiques pour les produits alimentaires frais comme les yaourts ou le lait et pour les cosmétiques bien hydratés tels que les crèmes. L’ADEME remarque aussi que la durée de conservation des aliments vendus en vrac est parfois limitée. C’est le cas de la tranche de jambon emballée sous vide.

Le point positif est que l’ADEME n’a identifié aucun problème sanitaire dans la distribution en vrac pour les cas étudiés. Selon elle, la gestion et l’entretien du rayon vrac au quotidien par les professionnels limitent les risques sanitaires. Néanmoins, il n’existe pas de réglementation spécifique pour le rayon vrac au niveau de l’hygiène et aucun organisme compétent n’a publié de position officielle sur la question sanitaire de la distribution en vrac jusqu’à novembre 2012.

Un autre problème est soulevé par Sylvie Lavabre, celui de la disparition du packaging. En effet, l’absence d’emballage ne permet plus de communiquer des informations nutritionnelles et le suivi pour la traçabilité.

De plus, les conditions d’hygiène et de sécurité qui se veulent irréprochables dans la vente en vrac engendrent plusieurs contraintes comme l’aménagement de l’espace, l’entretien et le remplissage des bacs, le stockage des marchandises. Olivier Dauvers ajoute en fin d’émission La Quotidienne que le nettoyage des contenants alimentaires comme les silos est contraignant car il nécessite des agréments.

Pour conclure …

Nous pouvons apporter plusieurs réponses à la question de la durabilité de l’achat en vrac en France et plus largement en Europe. 

Le vrac semble vertueux même s’il faudrait davantage d’études qui étudient le cycle de vie des emballages sur toute la chaîne de distribution et les avis divergents au niveau du gaspillage alimentaire. Selon l’ADEME, le bénéfice environnemental du vrac dépend de tous les acteurs de la chaîne de distribution : les consommateurs à leur domicile, le personnel en magasin, les transporteurs, …

Concernant l’axe économique, le marché du vrac est de plus en plus performant comme le montre les chiffres d’affaires en fonction des années et le développement de l’offre des produits vendus en vrac est encourageant. Cependant, attention aux arnaques qui peuvent exister et des progrès en termes de prix restent souhaitables pour les distributeurs lors de la mise en place du système vrac. Au niveau du besoin de main d’œuvre, les avis sont différents selon les acteurs.

Quant à l’accessibilité des enseignes qui proposent du vrac, le développement et la diversification des lieux de distribution sont prometteurs. Néanmoins, il existe encore des inégalités territoriales, notamment en France où des disparités entre les régions, entre les zones rurales et urbaines posent problèmes.

Enfin, une marge de progression est possible au niveau sanitaire pour la vente en vrac.

Une chose est sûre : tout le monde peut devenir vraqueur !

Les politiques et réglementations pour le vrac et le zéro-déchet sont en train de changer, notamment avec la loi Climat et résilience, comme l’explique l’article sur la consigne pour réemploi de Zero Waste France.

Pour finir, la démarche zéro-déchet ne doit pas se restreindre au vrac. D’autres pratiques sont à pérenniser comme le recyclage des déchets, les composts, la réparation et le don d’une seconde vie aux objets ou l’autocollant STOP PUB à coller sur les boîtes aux lettres.

Ella BOREL et Julie CHAPUSOT

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